La Libye sous haute tension, prévient l'ONU, qui blâme l'insécurité et une transition politique trop lente

Le Représentant spécial et Chef de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL), Tarek Mitri. Photo: ONU/Evan Schneider

9 décembre 2013 – « La situation sécuritaire en Libye continue d'être très précaire », a prévenu lundi le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Libye (MANUL), Tarek Mitri, devant le Conseil de sécurité. Le mécontentement et le désarroi croissants de la population vis-à-vis de la transition politique et des différentes milices opérant dans le pays, a-t-il expliqué, se sont traduits, au cours de ces dernières semaines, par d'importantes manifestations.

« À Tripoli, la colère de la population dirigée contre les brigades révolutionnaires et autres groupes armés est exacerbée par les affrontements répétés entre ces derniers », a-t-il expliqué, avant de préciser qu'un différend mineur avait récemment dégénéré en de véritables affrontements dans toute la capitale.

M. Mitri, qui est également le Chef de la Mission d'appui des Nations Unies en Libye (MANUL) a rappelé que 46 personnes avaient été tuées et 516 autres blessées à Tripoli le 15 novembre, au cours de manifestations massives contre les brigades révolutionnaires de Misrata.

Cédant à la pression, les brigades de Misrata se sont retirées de Tripoli, tandis que d'autres ont vidé les locaux qu'elles occupaient, a indiqué M. Mitri. Benghazi a également connu une vague de manifestations pour exiger le départ des brigades armées et la reconstitution des forces armées et de sécurité, a-t-il ajouté.

Le Représentant spécial a replacé ce mécontentement populaire dans un contexte marqué par une insécurité sans précédent, en soulignant qu'au cours de ces dernières semaines, le nombre d'assassinats et d'enlèvements de responsables gouvernementaux avait augmenté, tant à Benghazi qu'à Derna. Le Chef de la MANUL a ainsi rappelé que le commandant militaire de Benghazi avait survécu, le 18 novembre, à une tentative d'assassinat qui s'apparentait à une attaque délibérée contre les symboles de l'autorité de l'État.

« Malgré les mesures du gouvernement libyen pour remédier aux lacunes sécuritaires, les faibles capacités des institutions politiques et militaires demeurent extrêmement préoccupantes », a déploré M. Mitri. Les évènements du mois dernier soulignent l'importance pour les différents groupes armés de s'engager un dialogue. Il est donc crucial que toutes les parties s'attèlent à un processus global de réintégration et éventuellement de désarmement, et ce, afin que l'État regagne le monopole de l'usage de la force, a-t-il ajouté.

Le Représentant spécial a ensuite expliqué que la demande du Secrétaire général pour qu'une unité de garde soit déployée pour sécuriser les locaux de la MANUL avait été mal interprétée par différents groupes libyens, certains d'entre eux suspectant même qu'une telle demande soit le prélude à une intervention internationale. M. Mitri a tenu à dissiper tout malentendu, réaffirmant que la MANUL respectait pleinement la souveraineté de la Libye.

« La situation des 8.000 personnes détenues en raison du conflit demeure une source de préoccupation », a-t-il déclaré, en expliquant que ces détentions prolongées et l'absence d'un contrôle effectif de l'État étaient propices aux actes de torture et autres mauvais traitements. Depuis la fin du conflit, 27 personnes sont décédées en détention, dont 11 cette année, a-t-il a relevé le chef de la Mission.

M. Mitri s'est en revanche félicité de la promulgation, la semaine dernière, d'une nouvelle loi sur la justice transitionnelle, qui prévoit notamment que les détenus soient relâchés ou remis aux autorités judiciaires dans un délai de 90 jours après la promulgation de ladite loi.

Passant ensuite à l'élection des 60 membres de l'Assemblée constituante, il a indiqué que 700 candidats étaient inscrits sur les listes électorales et que 74 femmes se disputeraient les six sièges qui leur sont réservés. « Bien que la première phase de l'inscription des électeurs ait commencé le 1er décembre, la Haute Commission électorale reste prudente pour proclamer la date définitive de ces élections », a poursuivi M. Mitri. Cela s'explique en partie par le boycott de la communauté amazigh, a-t-il observé.

Le Représentant spécial a indiqué que les garanties constitutionnelles entourant les droits des minorités devraient encore faire l'objet d'une solution de compromis acceptable, en dépit des six sièges qui sont réservés aux minorités ethniques et religieuses.

Relevant ensuite l'absence d'un accord politique sur le mandat du Congrès général national, le Représentant spécial a indiqué qu'il avait tenu, en novembre, une réunion consultative avec une quarantaine de responsables politiques, de femmes et de personnalités indépendantes. Les échanges, remarquablement francs, ont reflété le souhait de tous les participants de parvenir à un accord et d'éviter à tout prix un vide politique, a-t-il précisé.

Il est nécessaire, a souligné M. Mitri, d'engager un dialogue inclusif national qui puisse éliminer les profondes divergences politiques dans le pays. Les différentes initiatives visant à promouvoir un tel dialogue national devraient être réunies au sein d'un seul processus recueillant l'assentiment de toutes les parties, a préconisé le Chef de la MANUL.


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