Le BRENUAC s'alarme des risques que fait peser la situation en RCA sur l'Afrique centrale

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afrique centrale et Chef du BRENUAC, Abou Moussa, au Conseil de sécurité. Photo: ONU/Ryan Brown

20 novembre 2013 – Le Représentant spécial du Secrétaire général pour l'Afrique centrale a dressé mercredi, devant le Conseil de sécurité, un tableau préoccupant de la situation dans cette sous-région, marquée par l'instabilité croissante en République centrafricaine (RCA) et la prolifération des groupes armés dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC).

En RCA, la situation sécuritaire, humanitaire et des droits de l'homme se détériore rapidement, tandis que les arrangements politiques de transition sont toujours aussi fragiles, s'est inquiété Abou Moussa, qui est également le Chef du Bureau régional de l'ONU pour l'Afrique centrale (BRENUAC).

Jugeant « particulièrement alarmante » la multiplication récente des violences intercommunautaires, le haut fonctionnaire a estimé qu'il y avait urgence à d'appréhender cette crise avant qu'elle n'échappe au contrôle de la communauté internationale et ne fasse davantage de victimes.

Les autorités en place à Bangui s'avèrent toujours incapables de maîtriser les éléments de la SELEKA, ce qui crée des tensions le long des frontières du pays avec les États voisins et affecte la vitalité économique, a-t-il poursuivi. En outre, le flux de réfugiés centrafricains dans les pays voisins de la RCA est un fardeau de plus à gérer pour une sous-région qui porte déjà celui des personnes déplacées. Le risque que la crise en RCA ne déborde sur la sous-région est réel, a prévenu Abou Moussa.

La situation remonte à un an en arrière. En décembre 2012, la coalition rebelle de la Séléka lance une série d'attaques, prend le contrôle de plusieurs villes clés du pays avant d'accepter d'entamer des pourparlers de paix sous les auspices de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC). Conclu en janvier 2013 par le gouvernement et les trois principales formations rebelles de la Séléka, l'Accord de Libreville aide à rétablir une certaine stabilité nationale.

Mais les combats reprennent à la mi-mars et les forces de la Séléka s'emparent de Bangui et chasse du pouvoir François Bozizé. Michel Djotodia se déclare alors Président de la République, annonce des élections au plus tard d'ici trois ans et maintient à son poste le Premier Ministre Nicolas Tiangaye, issu de l'Accord de Libreville. Au titre de cet Accord et de la Déclaration de N'Djamena en date du 18 avril 2013, des institutions de transition sont mises en place.

La RCA reste toutefois minée par une crise humanitaire qui touche l'ensemble de la population – 4,6 millions de personnes –, et les signalements de violations graves des droits de l'homme s'y multiplient, de même que de violences interconfessionnelles. Le 8 novembre dernier, 8 novembre, la Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, lance une mise en garde contre le cycle d'attaques et de représailles qui risque de faire basculer la RCA dans un nouveau conflit.

Abordant ensuite la question de la situation en RDC, le Représentant spécial a indiqué que si la défaite du Mouvement du 23 mars (M23) était en soi une victoire, aucun accord de paix n'avait encore été signé, « et que plusieurs groupes rebelles continuent à opérer dans l'est du pays et à menacer les communautés locales en toute impunité ».

Selon M. Moussa, la criminalité transnationale organisée demeure un défi majeur à la sécurité en Afrique centrale, comme en témoigne le nombre d'actes de piraterie commis dans le golfe de Guinée, qui dépasse désormais celui observé dans le Golfe d'Aden et au large des côtes somaliennes.

Par ailleurs, a-t-il dit, les activités criminelles de Boko Haram au Nigéria provoquent des déplacements préoccupants, 8.000 personnes ayant récemment fui vers le Cameroun voisin. Dans ce contexte, le BRENUAC s'efforce, aux côtés de la CEEADC, de répondre aux problèmes de sécurité qui se posent dans la région.

« C'est par une collaboration accrue, entre notamment mon Bureau et celui du Représentant spécial du Secrétaire général pour l'Afrique de l'Ouest que la déclaration de Yaoundé sur la lutte contre l'insécurité dans le Golfe de Guinée a pu être adoptée dans les meilleurs délais », s'est félicité M. Moussa.

S'agissant de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), grâce à l'appui militaire des États-Unis, l'Équipe régionale spéciale était désormais pleinement opérationnelle, a annoncé le Chef du BRENUAC. « Les opérations militaires ont réduit ses capacités d'action et de mouvement », a-t-il assuré, même si les attaques commises au Soudan du Sud par la LRA rappellent que le groupe représente toujours une menace grave et « imprévisible » pour les populations d'Afrique centrale.


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