Philippines: le «cauchemar logistique» d'une gigantesque opération de secours

Des résidents de Tacloban, aux Philippines, patientent pour recevoir de l’aide après le passage du typhon Haiyan. Photo: PAM/Saripa Alangadi

12 novembre 2013 – Après les dévastations inouïes causées par le typhon Haiyan aux Philippines, l'Organisation des Nations Unies et ses partenaires ont lancé une vaste opération humanitaire, entravée par des précipitations abondantes, des routes, des pistes d'atterrissage et des ports impraticables, pour prêter assistance à des millions de personnes en manque d'eau potable, de vivres et d'eau.

Tandis que la Coordonnatrice des secours d'urgence de l'ONU, Valerie Amos, a lancé aujourd'hui même un appel d'urgence de plus de 300 millions de dollars, sur le terrain, les agences humanitaires des Nations Unies et leurs partenaires font état de difficultés extrêmes pour parvenir jusqu'aux populations : infrastructures pulvérisées, gravats à perte de vue, lignes électriques coupées et, par endroits, bateaux projetés à l'intérieur des terres par des vents soufflant à plus de 300 kilomètres/heure.

Évoquant un véritable « cauchemar logistique », le Programme alimentaire mondial (PAM) dit avoir besoin de toute urgence de 83 millions de dollars pour acheter des équipements de télécommunications, des vivres et des articles de première nécessité. Quarante-quatre tonnes de biscuits énergétiques devaient arriver aujourd'hui aux Philippines depuis le dépôt humanitaire des Nations Unies situé à Dubaï.

L'accès humanitaire est également entravé par l'effondrement de l'ordre public, les pillages de magasins se multipliant, a expliqué le porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), Adrian Edwards, lors d'un point de presse donné à Genève. Des informations non confirmées font même état de destructions de guichets de banques et de vols d'articles de secours.

« Femmes et enfants sont livrées à la mendicité dans les rues, s'exposant à des risques d'abus et d'exploitation », a prévenu M. Edwards. L'alimentation électrique étant hors-service, le HCR prévoit de distribuer des lampes à énergie solaire pour réduire les risques de violence sexiste et renforcer la protection des familles déplacées.

Mercredi, un premier pont aérien sera établi par le HCR entre Dubaï et l'île philippine de Cebu, pour y apporter des tentes et d'autres articles non alimentaires. L'agence a également déployé sur place une équipe d'urgence, notamment des spécialistes de la protection.

« Nous cherchons également des fonds pour mettre sur pied une station de radio parce que les médias ne sont tout simplement plus en mesure d'émettre », a indiqué le porte-parole du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), Jens Laerke, qui a annoncé la distribution d'un millier de transistors pour renforcer la communication sur le terrain.

« Une fois que nous saurons que les gens ont les moyens d'assurer leur survie immédiate, nous passerons à la phase suivante, qui sera de minimiser les conséquences de cette catastrophe pour les enfants », a expliqué le Chef régional de la communication au Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), Christopher de Bono.

M. de Bono également cité le témoignage d'un de ses collègues déployé à Tacloban, qui décrit des survivants qui déambulent, hagards, le long des routes. « Je ne sais pas où ils vont […]. Ils marchent parce que leurs maisons ont été emportées et n'ont nulle part où aller. »

De son côté, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a d'ores et déjà commencé d'appuyer le gouvernement philippin dans la restauration des secteurs agricole, forestier et halieutique, après avoir versé un million de dollars pour couvrir l'achat de semences et d'engrais, a déclaré aujourd'hui son Directeur général, José Graziano da Silva.

Le typhon ayant frappé juste au début de la saison de plantation du riz, la FAO estime que plus d'un million d'agriculteurs ont été touchés et des centaines de milliers d'hectares de riz détruits.

De graves répercussions sont à prévoir sur la production de noix de coco dans les zones sinistrées, sans compter la destruction à grande échelle des installations de stockage et des infrastructures rurales. Sur le littoral, l'onde de tempête a balayé des communautés entières de pêcheurs, démolissant bateaux et matériels.

Par ailleurs, la chef du Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophes (UNISDR) a appelé à repenser les liens entre catastrophes et pauvreté, plaidant pour une intensification des efforts de protection. « Il est clair que le monde redevient un territoire inconnu face à des événements catastrophiques de cette ampleur », a déclaré Margareta Wallström.

Selon elle, le typhon est un « revers majeur pour ceux d'entre nous qui pensaient que le monde rencontrait quelques succès face aux phénomènes météorologiques de cette gravité ».


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