Soudan: des expertes de l'ONU demandent l'abolition des châtiments corporels contre les femmes

Rashida Manjoo, Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes. Photo ONU/Paulo Filgueiras

6 novembre 2013 – En réaction à des procès qui se déroulent en ce moment même au Soudan, la Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes, ses causes et ses conséquences, Rashida Manjoo, a indiqué mercredi que la flagellation des femmes, notamment pour les « crimes d'honneur », constitue un traitement dégradant, cruel et inhumain au regard du droit international.

Amira Osman Hamed, une ingénieure Soudanaise et militante des droits des femmes âgée de 35 ans, a comparu lundi devant un tribunal de ce pays pour s'être vêtue de façon « indécente et immorale » : elle refusait de se couvrir les cheveux avec un foulard. Si sa culpabilité est prononcée, Mme Hamed risque jusqu'à 40 coups de fouet.

« Les rapports sexuels hors-mariage, les viols qui ne sont pas prouvés, les tenues supposément immorales ou indécentes, la compagnie d'un homme, ou tout acte jugé incompatible avec la chasteté constituent autant de chefs d'inculpation pour lesquels des femmes risquent chaque jour la flagellation dans plusieurs régions du monde », dénonce Mme Manjoo dans un communiqué de presse.

« Cela doit cesser. Des femmes comme Amira ne doivent pas vivre dans la crainte d'être brutalisées par les autorités. Les gouvernements doivent mettre fin à ces actes de violence contre les femmes et les filles », a-t-elle ajouté.

La Présidente du Groupe de travail des Nations Unies sur la discrimination à l'égard des femmes dans la législation et dans la pratique, Frances Raday, rappelle de son côté que les femmes sont bien plus souvent que les hommes inculpées de « crimes » passibles de châtiments corporels.

« Victimes de discriminations et d'inégalités, souvent reléguées au second plan en raison d'attitudes patriarcales et traditionnelles et de l'asymétrie de leurs relations avec les hommes, les femmes sont beaucoup plus exposées à la flagellation que ces derniers, ce qui constitue une violation de leurs droits à la dignité, à la vie privée et à l'égalité », explique Mme Raday.

Les expertes demandent la libération immédiate d'Osman Hamed et exhortent les autorités du Soudan à revoir leur code pénal afin d'abolir les châtiments corporels et assurer que leurs obligations conformes au droit international soient respectées.

« Les châtiments corporels contre les filles et les femmes sont le plus souvent des moyens de restreindre et contrôler leurs libertés de mouvement et d'association, ainsi que la possibilité pour elles de faire les choix auxquelles elles aspirent sur les plan personnel et sexuel. Ces châtiments prennent souvent une dimension collective et publique, leur visibilité ayant pour objectif d'être édifiante pour les femmes en général », affirment les expertes.


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