INTERVIEW avec Sigrid Kaag, Coordonnatrice de la mission conjointe ONU-OIAC sur la destruction des armes chimiques syriennes

La Coordonatrice spéciale de la mission conjointe OIAC-ONU sur l’élimination du programme d’armes chimiques de la Syrie, en conférence de presse à Damas. (Photo d’archive) Photo ONU/AP Photo Pool

1 novembre 2013 – La mission conjointe de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) et des Nations Unies, chargée de superviser le démantèlement du programme d'armes de la Syrie, a confirmé hier que le gouvernement de ce pays avait rendu « inutilisables » tous ses centres et équipements de production. Ce faisant, la Syrie a respecté la date-butoir du 1er novembre fixée par le Conseil exécutif de l'OIAC pour conclure cette phase.

La prochaine étape de la mission est fixée au 15 novembre, date à laquelle le Conseil d'administration de l'OIAC doit approuver le plan détaillé que lui a présenté la Syrie pour l'élimination de ses stocks d'armes chimiques. Le Centre d'actualités de l'ONU s'est entretenu hier avec la chef de la mission, Sigrid Kaag, des derniers développements, alors qu'elle doit se rendre à New York la semaine prochaine pour faire rapport au Secrétaire général et au Conseil de sécurité.

Centre d'actualités de l'ONU: pouvez-vous nous dire ce que vous avez vu lors de votre déplacement en Syrie?

Sigrid Kaag : J'ai eu l'occasion de me rendre en Syrie il y a environ 10 jours maintenant. C'était le premier appel de la part du gouvernement pour discuter de la coopération continue dans le cadre du mandat de la mission conjointe, après la décision du Conseil exécutif et celle du Conseil de sécurité d'éliminer le programme d'armes chimiques en Syrie. J'ai également eu des discussions approfondies avec l'équipe que je dirige, pour savoir où nous en étions sur le plan des préparatifs, des aspects logistiques et sécuritaires, compte-tenu des conditions actuelles dans le pays et, évidemment, pour savoir si nous pouvions appuyer la destruction du programme d'armes chimiques, une fois approuvée par le Conseil exécutif de l'OIAC.

J'ai visité un site, où j'ai pu voir en personne à quoi ressemblaient les installations une fois rendues inutilisables ... comment la destruction complète aurait lieu et comment les inspecteurs poursuivraient leur mission de surveillance et de vérification.

Il a été annoncé que la mission avait terminé l'inspection des sites déclarés par la Syrie. Avez-vous pour intention de vous rendre dans les zones contrôlées par les rebelles ?

La mission conjointe a inspecté tous les sites déclarés et vérifié qu'ils sont désormais inutilisables ... Pour l'instant, tous les aspects sécuritaires sont très étroitement coordonnés avec le gouvernement syrien, qui est responsable de la sûreté de la mission conjointe, comme ce sera le cas pour d'autres missions. Et nous regardons les questions d'accès, de sécurité et de sûreté au cas par cas, en étroite coordination avec le responsable désigné de la famille des Nations Unies, mais aussi avec les partenaires de développement et leurs homologues.

Sur place, avez-vous eu des contacts avec des victimes d'armes chimiques ?

Non, nous n'en avons pas rencontrés.

Quelle est la prochaine étape de la mission conjointe?

Nous attendons bien sûr la décision du Conseil d'administration [de l'OIAC] le 15 novembre. Dans l'intervalle, nous nous préparons en interne, en veillant à être parfaitement opérationnels, à avoir une bonne compréhension des attentes placées en nous pour nous acquitter efficacement de notre mandat. Et bien sûr, nous sommes déterminés à aider le gouvernement d'un État partie à respecter ses obligations en vertu de la Convention [sur l'interdiction des armes chimiques] et, par conséquent, à mener à bien le programme d'élimination des armes chimiques au plus tard mi-2014.

Qui surveille actuellement les stocks d'armes chimiques?

Cette responsabilité incombe à l'État partie, c'est à lui qu'il revient d'assurer la sécurité et d'empêcher l'accès aux sites de même qu'aux armes. Mais les centres de production – et c'est pourquoi aujourd'hui est un jour important – ont été rendus inutilisables. Des discussions sont en cours en ce qui concerne l'élimination complète des armes chimiques elles-mêmes.

Que va-t-il arriver à ces armes, maintenant?

Cela fait l'objet de discussions en cours dans le cadre de ce qui a été convenu entre la Russie et les États-Unis, et des efforts à l'appui des autorités syriennes dans la mise en œuvre du plan le plus efficace pour éliminer ces armes. Donc, il est trop tôt pour se prononcer, c'est le Conseil exécutif de l'OIAC qui décidera. A ce moment-là, le rôle de la mission conjointe sera très clair.

De telles armes devraient-telle normalement être détruites à l'intérieur du pays ou à l'étranger?

Je pense que la norme ne s'applique pas dans les conditions actuelles. Il y a plusieurs scénarios à l'étude. Je crois comprendre que, du point de vue de l'OIAC, dans des circonstances normales – c'est-à-dire en temps de paix – les armes chimiques sont détruites dans le pays concerné. Cependant, comme nous le savons, les conditions en Syrie sont telles que différentes options seraient envisagées.

Vous avez travaillé dans la région pendant plusieurs années, ce n'était donc pas votre première mission en Syrie. Quelles ont été vos impressions cette fois-ci?

Eh bien, il est difficile de parler d'une impression ... Cette fois-ci, je me suis rendu à Damas principalement, pour y rencontrer des homologues, mais aussi sur des sites. Il est donc très difficile de parler de mes impressions d'une manière générale. Je ne peux pas les comparer aux types de visites que j'ai pu effectuer par le passé à titre personnel ou professionnel. Je pense que le Secrétaire général a beaucoup évoqué les conditions générales… La Coordonnatrice des secours d'urgence aussi... Je suis principalement restée à Damas, où j'ai pris part à un dialogue continu avec de hauts responsables gouvernementaux syriens.


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