Mali: pour le chef de la MINUSMA, en dépit de progrès, le «vrai travail» ne fait que commencer

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Mali, Bert Koenders, au Conseil de sécurité, le 16 octobre 2013. Photo: ONU/Eskinder Debebe

16 octobre 2013 – Venu donner au Conseil de sécurité un aperçu de la situation politique et sécuritaire au Mali, le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Mali, Bert Koenders, a fait état mercredi de deux « réalisations importantes »: le déroulement « exemplaire » de l'élection présidentielle et le déploiement de la MINUSMA, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation de ce pays, qu'il dirige.

Selon M. Koenders, le bon déroulement de l'élection signale la volonté des Maliens et des Maliennes « de tourner la page après les évènements troublants d'un passé récent » : l'occupation du nord du pays par des groupes extrémistes, le coup d'état du 21 mars 2012 et l'effondrement des institutions nationales. « Avec ce scrutin, une étape décisive a été franchie dans le rétablissement de l'ordre constitutionnel et de la stabilité du pays », a-t-il estimé.

Quant à la MINUSMA, si sa mise en place reste « inachevée », elle a été selon lui en mesure, a expliqué M. Koenders, de contribuer à assurer la sécurité des élections présidentielles et de créer des conditions politiques à leur tenue.

Le Représentant spécial s'est également félicité des avancées dans la mise en œuvre de l'Accord préliminaire, adopté le 18 juin à Ouagadougou par le gouvernement et les groupes armés des régions du nord du Mali, notamment s'agissant du volet portant sur le retour progressif de l'administration de l'État et de l'armée dans le nord, le début du processus de cantonnement et l'adoption de mesures de confiance sous l'égide de la MINUSMA.

En outre, l'investiture du Président Ibrahim Boubacar Keïta et la formation de son cabinet, marquée par la création d'un ministère en charge de la réconciliation et du développement des régions du nord, prouvent pour M. Koenders que « le Mali est de retour dans le concert des Nations ».

Toutefois, le chef de la MINUSMA a estimé que le « vrai travail » ne faisait que commencer, avec une première date-butoir le 24 novembre, jour du premier tour des élections législatives (le second tour se déroulera le 15 décembre). « Cependant, il est important que l'ensemble des partis et des acteurs politiques soient impliqués dans les discussions sur la tenue de ces scrutins afin de parvenir à un consensus inclusif et national. »

Le chef de la MINUSMA a exprimé son inquiétude quant au fait que, sur le terrain, les groupes armés signataires le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) et le Haut Conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA) continuent d'occuper le gouvernorat et la station de radio publique à Kidal, où « le retour des services de base devient urgent ».

Après le refus des représentants de ces deux mouvements de participer à une réunion, le 18 septembre, du Comité de suivi et d'évaluation, le Représentant spécial a rappelé avoir usé de ses bons offices pour atténuer les tensions. « Le Gouvernement malien a mis en œuvre des mesures de confiance en libérant 23 prisonniers et en annonçant la levée de plusieurs mandats d'arrêt », a-t-il fait observer.

Sur le plan sécuritaire, le Représentant spécial a déclaré que la recrudescence, en septembre dernier, d'incidents dans plusieurs localités du Nord, était préoccupante. « C'est un avertissement », a dit M. Koenders, qui a indiqué qu'en dépit des opérations tactiques menées par les forces françaises, de l'augmentation graduelle de la présence des forces de défense et de sécurité maliennes et du déploiement stratégique de la MINUSMA, la stabilisation des régions du nord demeurait « précaire », en raison notamment des menaces asymétriques posées par les éléments extrémistes.

En témoignent plusieurs incidents récents, en particulier l'attaque lancée fin septembre contre un camp des forces maliennes et revendiquée par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). En outre, des tensions sont à déplorer au sein des forces armées, notamment à Kati, le fief du général Sanogo, l'auteur du coup d'état du 21 mars 2012.

« Il est crucial, a insisté MM. Koenders, de rétablir la discipline et la chaîne de commandement dans les forces armées et d'enclencher une véritable réforme du secteur de sécurité ».

Soulignant également l'accent sur l'ampleur des défis humanitaires du Mali, il a plaidé pour une « nouvelle donne » entre le gouvernement du Mali et la communauté des donateurs, alors que l'appel humanitaire en faveur de ce pays n'a été financé qu'à hauteur de 37% jusqu'à présent.

Enfin, le Représentant spécial a sollicité l'assistance des États Membres pour doter la MINUSMA de l'appui logistique dont elle a besoin d'urgence pour mener ses activités, notamment des hélicoptères.


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