De nouvelles politiques économiques nécessaires pour sortir de la crise, selon la CNUCED

Alfredo Calcagno, de la Division de la mondialisation et des stratégies de développement de la CNUCED, présente l’édition 2013 du rapport-phare de cet organisme. Photo: ONU

14 octobre 2013 – Les pays doivent se doter de nouvelles politiques économiques pour s'adapter aux changements structurels que l'économie mondiale a connus depuis le début de la crise financière mondiale il y a cinq ans, affirme un nouveau rapport des Nations Unies.

L'édition 2013 du rapport annuel de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) note que les grands pays développés ont eu recours à des politiques monétaires expansionnistes, mais que ces politiques, associées à l'austérité budgétaire et à une demande privée toujours atone, ne sont pas parvenues à stimuler la création de crédit, la demande globale et la croissance.

« Les pays développés doivent agir plus résolument pour remédier aux causes fondamentales de la crise, en particulier l'augmentation des inégalités de revenu, le rôle économique déclinant de l'État, le rôle prédominant d'un secteur financier faiblement réglementé et un système international enclin aux déséquilibres », estiment les auteurs du rapport.

Quant à aux pays en développement et les pays en transition dont la croissance repose à l'excès sur les exportations, ils doivent revoir leurs stratégies de développement et s'appuyer davantage sur la demande intérieure et régionale, estiment les auteurs du rapport.

La CNUCED note que la croissance de la production mondiale, qui avait déjà ralenti de 4,1 % en 2010 à 2,8 % en 2011, puis à 2,2 % en 2012, non seulement ne devrait pas se redresser en 2013, mais pourrait encore ralentir, à 2,1 %.

Plusieurs pays en développement et pays en transition ont pu atténuer le contrecoup de la crise financière et économique qui sévit dans les pays développés au moyen de politiques macroéconomiques anticycliques. Mais à mesure que l'effet de ces interventions s'est estompé, tandis que la conjoncture économique extérieure donnait peu de signes d'amélioration, ces pays ont éprouvé des difficultés croissantes à éviter un ralentissement.

« Pour autant, un retour aux stratégies de croissance d'avant la crise n'est pas la solution, car celles-ci reposaient sur des formes de demande et de financement intenables », prévient la CNUCED.

En effet, si l'activité économique de la plupart des pays développés se ressent toujours des effets de la crise financière et économique de 2008, notamment une création d'emplois insuffisante, la croissance faible que l'on continue d'observer dans plusieurs d'entre eux tient aussi en partie à leur politique macroéconomique, affirme le rapport.

Dans l'Union européenne, les opérations de désendettement sont toujours en cours et les banques, malgré les politiques monétaires expansionnistes, n'ont pas fourni les nouveaux crédits dont le secteur privé aurait besoin pour ranimer la demande. Dans ce contexte, la rigueur budgétaire qui tend à être la solution privilégiée, compromet les chances d'un retour rapide à une trajectoire de croissance plus forte. Aux États-Unis, la demande intérieure privée commence à se redresser, grâce en partie aux progrès réalisés pour assainir le secteur bancaire, mais la réduction des dépenses publiques a un effet restrictif. Le Japon a pris le contrepied des politiques d'austérité en jouant la carte de la relance budgétaire et de l'expansion monétaire pour ranimer la croissance économique et contrecarrer les tendances déflationnistes.

« Nous essayons de comprendre cette crise sur le long terme, et si c'est une crise structurelle, comme nous le pensons, cela signifie des changements considérables en matière de politiques économiques », a déclaré aujourd'hui Alfredo Calcagno, de la Division de la mondialisation et des stratégies de développement de la CNUCED, lors d'une présentation du rapport à la presse.

« L'un des principaux changements à notre avis, c'est que les pays en développement doivent se concentrer sur la promotion de leur commerce intérieur afin de continuer à croître. Cela ne signifie pas que les exportations ne sont plus importantes, mais que ces pays doivent renforcer leurs marchés nationaux pour s'adapter aux nouvelles exigences de la demande. »

Selon M. Calcagno, les pays développés ne s'attaquent pas aux causes profondes de la crise financière, ce qui, avec une mauvaise gestion de la crise elle-même, a contribué à la désorganisation actuelle de l'économie mondiale.

Des politiques coordonnées et centrées sur la demande, qui verraient les pays excédentaires appliquer des mesures de relance plus vigoureuses donneraient, selon les auteurs du rapport, de meilleurs résultats du point de vue de la croissance, de la répartition des revenus, de l'emploi et du rééquilibrage mondial que les politiques actuelles, qui reportent entièrement la charge de l'ajustement sur les pays déficitaires.

D'après la CNUCED, même si les pays développés devaient maintenir leurs orientations actuelles, les pays en développement auraient encore la possibilité d'améliorer leurs résultats économiques en menant une politique de relance coordonnée.

« Le renforcement de la coopération régionale et du commerce Sud-Sud pourrait dès lors constituer un aspect important des stratégies de développement de ces pays », conclut le rapport.


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