Chypre : le Président appelle à la cessation immédiate du statu quo

Le Président de Chypre, Nicos Anastasiades. Photo: ONU/Rick Bajornas

26 septembre 2013 – Les conséquences de la partition actuelle de l'île sont catastrophiques, a mis en garde jeudi le Président de Chypre, Nicos Anastasiades, enjoignant vivement à la Turquie de s'engager sans délai sur la voie d'une réunification pacifique.

« Comme j'ai eu l'occasion d'en faire part directement au Secrétaire général, je suis fermement convaincu que la situation actuelle est inacceptable et que son prolongement aurait des conséquences négatives sur les chypriotes grecs et turcs », a prévenu M. Anastasiades dans son allocution au débat général de l'Assemblée, ajoutant que la conclusion d'un accord global n'est pas seulement désirable, mais ne devrait pas être retardée plus avant.

En juillet dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU avait prorogé pour une période de six mois, jusqu'au 31 janvier 2014, le mandat de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP), établie en 1964 avec pour objectif de prévenir toute reprise des affrontements entre chypriotes grecs et turcs dans cette île de la Méditerranée fréquemment secouée par des violences intercommunautaires.

Depuis les événements de 1974, marqués par un coup d'État mené par des officiers grecs contre le gouvernement chypriote, suivi d'une opération de grande envergure par l'armée turque et de son occupation d'une enclave au nord de l'île, le territoire chypriote fait l'objet d'une partition. En 1983, la partie nord sous occupation militaire turque s'est autoproclamée République turque de Chypre du Nord, sans obtenir la reconnaissance de la communauté internationale, à l'exception de la Turquie.

« En tant que dirigeant politique sincèrement intéressé par la réunification de mon pays, j'appelle une nouvelle fois la Turquie et nos compatriotes chypriotes turcs à faire preuve d'une détermination et d'un engagement identiques et à s'associer à nos efforts en vue de la réunification pacifique, sécuritaire, et prospère de notre patrie », a poursuivi le Président chypriote.

Faisant référence à l'allocution du Président turc, Abdullah Gül, prononcée lors de la deuxième journée du débat général de l'Assemblée, M. Anastasiades a déclaré : « La mention de mon ami, le Président de la République turque, dans cette même chambre, à la proposition de 2004 que les chypriotes grecs ont démocratiquement rejetée pour un ensemble de raisons, n'exonère pas la Turquie de ses obligations et responsabilités pour trouver une solution et ne reflète pas la réalité du terrain. »

Soumis par référendum aux deux communautés chypriotes, le 24 avril 2004, le plan Annan, du nom du précédent Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan, avait pour but de mettre fin à la partition de l'île au sein d'une République chypriote unie, fonctionnant sur la base d'un système fédéral. Les chypriotes grecs ayant refusé le plan Annan à l'issue du référendum, celui-ci n'est jamais entré en vigueur.

Le Président chypriote a cependant salué la décision de M. Gül de répondre favorablement à sa proposition d'organiser des rencontres avec le négociateur de la communauté chypriote grecque, précisant toutefois qu'il espérait « que cette attitude positive s'accompagne d'avancées concrètes et substantielles ».

Soulignant l'importance de prendre des « mesures audacieuses » afin d'avancer sur la voie de la réunification, M. Anastasiades a annoncé un ensemble de propositions, dont notamment « le retour de la ville fantôme de Famagusta à ses habitants légitimes, sous les auspices de l'ONU et en accord avec la résolution 550 du Conseil de sécurité, datant de 1984 ».

Le retour de Famagusta permettrait, selon le Président chypriote, de stimuler l'économie de l'île, tout en construisant les bases d'une relation de confiance au profit des deux communautés.

« Á cette fin, je considère comme essentiel d'établir clairement, avant le début des négociations, que toute solution devra se faire dans le respect des résolutions des Nations Unies », mais également, a ajouté M. Anastasiades, des valeurs de l'Union Européenne (UE), dont la Chypre fait partie depuis 2004.

Une implication plus importante de l'UE dans le processus de négociation ne pourrait que bénéficier à son éventuel succès, a poursuivi la Président chypriote, non seulement de façon à veiller à la préservation de l'acquis communautaire européen en cas d'accord, « mais également pour faire en sorte que les libertés et droits de l'homme des chypriotes soient restaurés ».

« Enfin, un aspect primordial de la question chypriote, d'ordre humanitaire, est le problème des personnes disparues », a poursuivi M. Anastasiades. Tout en saluant les progrès réalisés dans ce domaine, le Président chypriote a appelé en conclusion à « résoudre ce problème le plus rapidement possible, indépendamment des négociations sur la réunification de l'île ».

Créé en avril 1981 sous les auspices des Nations Unies, suite à un accord entre les communautés chypriote grecque et turque, le Comité des personnes disparues à Chypre (CMP) est chargé d'exhumer et d'identifier les corps des victimes du conflit intercommunautaire portées disparues à partir de1963.


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