Une experte exhorte l'Italie à renforcer sa politique de lutte contre la traite des êtres humains

La Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la traite des êtres humains, en particulier des femmes et des enfants, Joy Ngozi Ezeilo. Photo: ONU/Paulo Filgueiras

20 septembre 2013 – Le Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la traite des êtres humains, en particulier des femmes et des enfants, a exhorté vendredi à Rome le gouvernement italien à renforcer et coordonner d'avantage ses actions de lutte contre la traite des êtres humains.

« L'Italie se doit de revitaliser sa politique visant à mettre un terme à la traite des personnes, en particulier l'exploitation sans relâche de la prostitution des femmes et des jeunes filles étrangères », déclare Joy Ngozi Ezeilo dans un communiqué de presse, au terme de sa visite officielle dans le pays, du 12 au 20 septembre 2013.

« Le phénomène de la traite des êtres humains en Italie est malheureusement en plein essor et les trafiquants sont de plus en plus audacieux dans l'exploitation de leurs victimes et les abus qui leurs sont infligés », a déploré la Rapporteuse spéciale, tout en reconnaissant que les autorités italiennes sont fermement résolues à lutter contre toutes les formes de traite.

L'exploitation sexuelle, qui touche particulièrement les femmes venues du Nigeria et de l'Europe de l'Est, est la forme la plus répandue et documentée de la traite des personnes en Italie, a précisé Joy Ngozi Ezeilo. Selon elle, les récents soulèvements arabes en Égypte, en Tunisie, en Libye et en Syrie, en raison de afflux migratoires qu'ils sont suscités en direction de l'Italie, ont contribué à l'aggravation du trafic illicite et de la traite des êtres humains à des fins d'exploitation économique et sexuelle. Les victimes de la traite dans ce pays, a-t-elle ajouté, ont une dimension de plus en plus internationale, avec notamment un nombre croissant de personnes issues d'Amérique Latine et d'Asie.

La Rapporteuse spéciale a également noté que la législation italienne est très complète du point de vue de la traite des êtres humains, qui y est considérée comme étant tout aussi grave que les crimes mafieux, terroristes et politiques. Toutefois, a-t-elle souligné, « les mesures anti-traite initiées par le gouvernement nécessitent un suivi et des évaluations continus afin de réaliser des avancées significatives et rompre le cercle vicieux de la traite des personnes ».

« La prévention et la lutte contre toutes les formes de traite des personnes et la protection de ses victimes sur le territoire italien sont la responsabilité du gouvernement » a insisté Mme Ezeilo, tout en rappelant l'importance de lutter également contre toutes les formes de traite autres que celles à des fins d'exploitation sexuelle.

« Il est nécessaire de développer une approche globale contre la traite des personnes sur la base des 5P (protection, poursuite, punition, prévention et promotion de la coopération internationale), des 3R (réparation, réadaptation et réinsertion) et des 3C (capacités, coopération et coordination), en accord avec les principes et normes des droits de l'homme » a poursuivi Mme Ezeilo, rappelant ainsi le cadre de mise en œuvre des lois nationales qui lui est cher.

Au cours de sa visite en Italie, l'experte s'est rendue à Rome, Venise, Turin, Palerme, Naples, Caserte et Castel Volturno, villes où elle a rencontré les responsables officiels nationaux et locaux impliqués dans la lutte contre la traite des personnes, ainsi que les organisations de la société civile qui constituent la « pierre angulaire » de la lutte contre ce fléau dans le pays.

« Plus important encore, j'ai rencontré un grand nombre de victimes venues d'Afrique, d'Europe, d'Asie et d'Amérique du Sud, y compris les femmes, filles et hommes bénéficiant d'une assistance publique ou en attente d'être expulsées », a ajouté Mme Ezeilo. « J'ai également visité la prison Le Vallette de Turin ainsi que deux Centres d'identification et d'expulsion (CIE) pour les migrants en situation irrégulière », a-t-elle ajouté.

La Rapporteuse spéciale présentera ses conclusions et recommandations dans un rapport détaillé au Conseil des droits de l'homme de l'ONU en 2014.


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