Afghanistan : fragile transition avant l'élection présidentielle de 2014

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afghanistan, Jan Kubis, au Conseil de sécurité. Photo: ONU

19 septembre 2013 – Le succès de la transition en Afghanistan sur les plans politique, sécuritaire et économique dépendra largement de l'intégration régionale de ce pays et du soutien continu que lui apportera la communauté internationale, a déclaré jeudi le Représentant spécial Ján Kubiš, qui a passé en revue les principales menaces pesant sur cette nation troublée d'Asie centrale.

Venu présenter au Conseil de sécurité les progrès accomplis au cours des trois derniers mois dans le cadre du processus de transition, M. Kubis a rappelé que la cinquième et dernière phase du transfert de responsabilités aux forces de sécurité afghanes avait débuté en juin dernier, sur fond de recrudescence des incidents meurtriers, principalement dans les zones rurales du pays.

Dans un précédent rapport sur la protection des civils, la Mission des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), que dirige M. Kubiš, a indiqué que le nombre de civils afghans tués ou blessés au cours des six premiers mois de l'année 2013 a augmenté de 23% par rapport à la même période l'an dernier : 1.319 civils ont été tués et 2.533 autres blessés – soit au total 3.852 victimes civiles.

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour l'Afghanistan et chef de la MANUA, M. Kubiš a attribué la hausse de ces attaques aux engins explosifs improvisés et au ciblage délibéré de civils par des éléments antigouvernementaux, notamment les Taliban, et des groupes criminels armés.

S'il s'est félicité de la confiance croissante que les forces de sécurité inspirent à la population, le Représentant spécial a toutefois prévenu que ces dernières auront besoin d'un soutien international au cours des cinq prochaines années pour devenir pleinement opérationnelles.

Sur le plan politique, les préparatifs techniques de l'élection présidentielle de 2014 ont progressé, a poursuivi M. Kubiš, qui a pris note de l'adoption de deux textes de loi importants et de la sélection de candidats pour siéger au sein des deux organes électoraux indépendants. « Plus d'un million de cartes d'électeur ont ainsi été délivrées, dont 30% à des femmes », a-t-il salué, tout en soulignant la nécessité de protéger la liberté de la presse dans sa couverture du scrutin.

En matière de coopération régionale, vitale pour l'avenir de l'Afghanistan, M. Kubis a reconnu l'importance de la visite du Président Karzaï à Islamabad, la capitale pakistanaise, à l'heure où le processus dit d'Istanbul s'efforce d'intégrer pleinement l'Afghanistan au cœur de l'Asie. L'Organisation de Shanghai pour la coopération, a-t-il précisé, a également réaffirmé son appui à cet égard.

Rappelant que l'Afghanistan était le plus grand producteur d'opium du monde, M. Kubis a rappelé l'importance de renforcer la lutte contre les stupéfiants. Le Rapport mondial sur les drogues de 2013 précise que 74 % de l'opium illicite produit en 2012 dans le monde provenait de ce pays.

Mardi, la Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, avait exprimé sa crainte devant une possible détérioration des droits de l'homme en Afghanistan, à l'approche de l'échéance de sa période transition, qui s'achèvera avec l'élection présidentielle et le retrait ultérieur de la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS), programmé pour le second semestre 2014.

Selon Mme Pillay, le gouvernement afghan doit redoubler d'efforts pour préserver la justice et les droits de l'homme et, en particulier, ceux des femmes. Lors d'une conférence de presse donnée à Kaboul, elle a exhorté les autorités à accélérer la mise en œuvre de la loi sur l'élimination de la violence envers les femmes, adoptée par le Président Karzaï en 2009, pour mettre fin à un problème « endémique » dans l'ensemble du pays, particulièrement dans les campagnes, où la police et les tribunaux ont tendance à ne pas la faire respecter.

Un autre sujet de préoccupation majeur pour le Représentant spécial Kubiš est le sort de plus d'un demi-million de personnes déplacées en Afghanistan, qui continuent d'avoir un besoin cruel d'aide humanitaire. L'opérationnalisation du Fonds humanitaire commun pour l'Afghanistan devrait cependant permettre selon lui de bénéficier d'une plus grande souplesse dans le financement des opérations.

« Nous devons aider le peuple afghan à réaliser la paix, la justice, la prospérité et la stabilité à laquelle il aspire », a lancé en conclusion M. Kubiš aux membres du Conseil.


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