Navi Pillay dresse un bilan mitigé de la situation des droits de l'homme en Afghanistan

La Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay (deuxième en partant de la droite), en conférence de presse à Kaboul, en Afghanistan, le 17 septembre 2013. Photo: MANUA

17 septembre 2013 – La Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme a exprimé mardi sa crainte devant une possible détérioration de la situation des droits de l'homme en Afghanistan, à l'heure où le pays entame une période cruciale de sa transition politique, sécuritaire et économique, dont l'échéance est prévue pour 2014.

Tout en soulignant les avancées significatives qu'a connu l'Afghanistan sur la question des droits de l'homme au cours des douze dernières années, Navi Pillay, dont il s'agit de la première visite officielle dans le pays, a précisé lors d'une conférence de presse que la future élection présidentielle afghane en avril prochain et le retrait ultérieur de la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS), programmé pour le second semestre 2014, rendent ces préoccupations d'autant plus pressantes.

« Mon premier objectif a été d'insister sur l'importance de faire en sorte que ces avancées soient consolidées plutôt que mises à mal » a souligné la Haut Commissaire, à l'issue de deux journées d'entretiens avec le Président Hamid Karzai, les Ministres des affaires étrangères et de l'intérieur, le Directeur national de la sécurité afghane et le Président adjoint de la Cour suprême.

Navi Pillay a ajouté que le Président et son Gouvernement, ainsi que les médias et les membres actifs de la société civile, qu'elle a également eu l'occasion de rencontrer durant sa visite, doivent non seulement s'opposer fermement aux pressions politiques à l'approche de l'élection, mais aussi se mobiliser face à la recrudescence du nombre de victimes civiles durant le premier semestre 2013.

« Les raisons en sont liées à une augmentation de l'usage aveugle d'engins explosifs improvisés, ainsi qu'à la montée en flèche des assassinats ciblés de civils, en particulier de responsables gouvernementaux, par des forces antigouvernementales », a expliqué la Haut Commissaire. Tout en précisant que le nombre des victimes civiles causées par des forces de sécurité afghanes, dont la police, sont également en hausse, Navi Pillay a enjoint au Ministre de l'intérieur et au Directeur national de la sécurité de faire tout leur possible pour y remédier.

Par ailleurs, la numéro 1 des droits de l'homme à l'ONU a exhorté les autorités compétentes à hâter la mise en œuvre de la loi sur l'élimination de la violence envers les femmes, adoptée par le Président Karzai en 2009, et qui représente une avancée importante face à ce problème, dont Navi Pillay a précisé qu'il reste endémique dans l'ensemble du pays. Elle a toutefois déploré la lenteur et l'inégalité avec lesquelles cette loi a été jusqu'à présent appliquée, particulièrement dans les zones rurales, où la police et les tribunaux ont tendance à ne pas la faire respecter.

« J'ai remercié le Président Karzai de son engagement public clair contre la pratique de la torture dans de nombreux centres de détention afghans », a également poursuivi la Haut Commissaire. Elle a cependant exhorté le Chef adjoint de la justice à agir avec plus de fermeté dans les cas d'aveux obtenus sous la torture de façon à ce qu'ils soient systématiquement traités par la justice.

Le dernier point sur lequel a insisté la Haut Commissaire porte sur l'avenir de la Commission afghane indépendante des droits de l'homme, dont Navi Pillay a rencontré le Président au cours de sa visite. « Cette institution nationale, d'une importance capitale, a réussi dans un temps remarquablement bref après sa création, à obtenir le très convoité statut 'A' reconnu par les Principes de Paris – un système d'accréditation international des organes des droits de l'homme d'une centaine de pays au monde », s'est-elle félicitée.

Le statut de la Commission doit être revu en novembre par le Comité international de coordination des institutions nationales pour la promotion et la protection des droits de l'homme. « Il existe de réelles inquiétudes – que je partage – quant au fait que le processus récent de nomination de cinq nouveaux membres au sein de la Commission afghane indépendante des droits de l'homme ait été suffisamment vicié pour qu'elle puisse perde son statu 'A' », s'est inquiété Navi Pillay, précisant que cela serait d'autant plus dommageable s'agissant d'une des réalisations les plus notables de Kaboul dans le domaine des droits de l'homme.

La Haut Commissaire a donc exhorté le Président et son gouvernement à prendre les mesures nécessaires pour que les avancées enregistrées ces douze dernières années en matière de droits de l'homme en Afghanistan ne soient pas sacrifiées sur l'autel de l'opportunisme politique à l'approche de l'élection présidentielle.


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