L'ONU demande le soutien de la communauté internationale au rétablissement de l'état de droit en Libye

Le Représentant spécial et Chef de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL), Tarek Mitri. Photo: ONU

16 septembre 2013 – Des obstacles continuent de se poser aux autorités libyennes, à la fois à l'intérieur du pays et au niveau régional, a déclaré lundi le Représentant spécial du Secrétaire général dans ce pays, Tarek Mitri.

« Au cours des trois derniers mois, les désaccords entre les différentes forces politiques libyennes ont été plus marqués », a constaté M. Mitri devant le Conseil de sécurité, auquel il est venu présenter son rapport périodique. Il a expliqué que les principaux blocs politiques avaient décidé de suspendre leur participation aux travaux des institutions politiques nationales, essentiellement en réaction au mécontentement de la population. « Certaines forces politiques sont en outre influencées par les évènements qui se déroulent dans la région, notamment en Égypte et en Tunisie », a-t-il noté.

Evoquant l'interruption récente des exportations pétrolières en Libye, conséquence de manifestations dans l'est du pays, M. Mitri a rappelé que dans un pays où les revenus du pétrole constituent 80% du produit national brut et 97% des exportations, cela risque d'avoir des conséquences graves.

« Le gouvernement libyen risque de ne pas pouvoir faire face à ses obligations financières », a-t-il prévenu, avant d'exhorter toutes les parties à éviter de manipuler les ressources du pays à des fins politiques.

L'adoption d'une loi sur la justice transitionnelle est encore en suspens, bien qu'elle soit nécessaire « pour panser les blessures du passé ». Près de 8.000 personnes sont détenues depuis le conflit, et de nombreux cas de torture et de mauvais traitements ont été recensés. La MANUL a cependant constaté des améliorations importantes dans les conditions de vie des détenus sous l'autorité du Ministère de la justice.

M. Mitri a également rappelé le démarrage imminent des procès de 250 personnalités de l'ancien régime, dont le fils de l'ancien dirigeant, Saif al-Islam al-Qadhafi. Il a demandé le respect des garanties de procédure régulières ainsi que l'instauration d'un registre des crimes commis sous l'ancien régime.

Le Représentant spécial s'est ensuite réjoui des progrès accomplis dans le processus d'élaboration de la Constitution, avec l'adoption d'une loi portant création de l'assemblée chargée de sa rédaction. Il a regretté que seulement six sièges de l'Assemblée soient réservés aux femmes, soit 16% des sièges, mais a exprimé son appréciation sur le fait que les minorités ethniques et culturelles se soient vues accorder six sièges.

« Les problèmes de sécurité en Libye constituent la principale source de préoccupation pour la population », a souligné M. Mitri, évoquant des incidents armés à Tripoli entre les brigades révolutionnaires tout en notant qu'une coalition de celles-ci s'était vue confier par le Président du Conseil national général la tâche de protéger la ville. Il a aussi mentionné les confrontations qui se sont produites dans le reste du pays, notamment l'assassinat de militants et de journalistes, ainsi que l'insécurité croissante aux frontières.

Le Chef de la MANUL a salué les progrès réalisés dans l'intégration des combattants «révolutionnaires » dans les forces de sécurité libyennes. « Comme mesure incitative, le gouvernement a prévu une augmentation de salaire pour les militaires à compter de janvier 2014 », a-t-il noté. En outre, 12.000 à 15.000 soldats libyens sont en train d'être formés en dehors du pays. La restructuration de l'armée est une priorité urgente, a-t-il expliqué.

« Si, après 40 ans de régime despotique, des élections libres et justes ont permis d'entamer un processus démocratique, elles n'ont cependant pas comblé certaines attentes et ont fait naître un certain scepticisme en ce qui concerne le processus politique », a mis en garde le Représentant spécial, en précisant toutefois que le peuple libyen avait toujours foi en l'unité nationale, la démocratie et l'état de droit.

« L'engagement envers les principes pour lesquels les gens se sont battus reste profond, mais il y a urgence à faire avancer un dialogue inclusif pour trouver un consensus sur les priorités nationales », a-t-il ajouté.

Les autorités libyennes se sont mises d'accord pour préparer un tel dialogue qui doit rassembler les intervenants politiques, traditionnels et autres, pour débattre des questions nationales urgentes et se mettre d'accord sur les stratégies à suivre pendant la période de transition. M. Mitri a insisté sur la nécessité d'inclure tous les Libyens dans ce dialogue.


News Tracker: autres dépêches sur la question

Défis sécuritaires et faiblesse des institutions entravent la transition en Libye, dit le chef de la MANUL

En savoir plus





Coup de projecteur