Syrie: les victimes du conflit tuées le plus souvent par des armes conventionnelles

Le Président de la Commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie, Paulo Pinheiro, aux côtés des autres membres de la Commission, lors de la 24ème session du Conseil des droits de l’homme. Photo: ONU/Jean-Marc Ferré (Photo d’archive)

16 septembre 2013 – La vaste majorité des victimes du conflit syrien a été faite par des armes conventionnelles, fusils et tirs de mortiers, a indiqué le Président de la Commission d'enquête internationale indépendante sur la Syrie, Paulo Pinheiro, au Conseil des droits de l'homme, auquel il présentait son rapport trimestriel.

Pour la Commission, l'incapacité à mettre fin à ce conflit ne fait que l'aggraver et pousse de nombreux acteurs à prendre les armes, a prévenu M. Pinheiro. « Les approvisionnements en armes, dont bénéficient les parties, ont embrasé le conflit et ouvert la voie à des violations des droits de l'homme », a-t-il affirmé.

« Dans de nombreuses villes, les forces gouvernementales prennent aveuglément pour cible les civils et commettent systématiquement des actes de torture dans les centres de détention. Les groupes extrémistes antigouvernementaux s'en prennent également aux civils dans les gouvernorats du nord », a poursuivi le Président.

Le gouvernement syrien, a-t-il assuré, a poursuivi sa politique de bombardements incessants contre les villes, notamment Damas et Alep. Il continue en outre de se servir d'armes à sous-munitions et de bombes incendiaires dans les zones civiles de douze des quatorze gouvernorats que compte le pays, notamment celui d'Idlib.

« Il a ainsi été établi que l'attaque du 26 août dernier dans une école de la banlieue d'Alep a perpétré par un avion des forces gouvernementales, qui continuent en outre d'arrêter arbitrairement des enfants et d'attaquer les hôpitaux et leurs personnels, notamment le 12 septembre à Alep, privant ainsi les populations de leur droit à la santé », a affirmé le Président de la Commission.

« Les groupes extrémistes antigouvernementaux se rendent également coupables des mêmes faits », a-t-il observé, leur attribuant l'attaque d'une ambulance du Croissant-rouge kurde le 16 août dernier dans la région d'Alep.

La commission reçoit de plus en plus d'informations selon lesquelles des journalistes sont enlevés par des groupes d'opposition extrémistes. Dans le nord de la Syrie, les forces antigouvernementales, qui bénéficient d'un soutien étranger, commettent des exactions parmi les civils, notamment dans des villages alaouites.

Des milliers de kurdes syriens ont quitté le pays pour la Turquie, fuyant les massacres comme ceux survenus en juillet à Tell Arab, Tell Hasel ou encore Tell Abyad. Des milliers d'entre eux sont également otages de groupes extrémistes qui se servent d'eux comme monnaie d'échange.

La dynamique du conflit est extrêmement complexe et déborde largement les frontières du pays. Selon le rapport, « les relents de confessionnalisme présents dans bon nombre de violations sont enracinés dans la politique. C'est la politique qui alimente le confessionnalisme, engendre la violence et donne du pouvoir à ses auteurs ».

Les États influant sur le conflit ont l'obligation de se conformer au droit international et de s'assurer que les parties au conflit fassent de même, a insisté le Président pour qui les récentes avancées diplomatiques offrent la possibilité d'un dialogue que les parties doivent saisir.


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