Des preuves «indiscutables» de l'utilisation d'armes chimiques en Syrie, affirme Ban au Conseil de sécurité

Le Secrétaire général Ban Ki-moon s’adresse aux médias à l’issue de consultations avec le Conseil de sécurité. Photo: UN Photo/Paulo Filgueiras

16 septembre 2013 – Le Secrétaire général a confirmé lundi aux membres du Conseil de sécurité que des armes chimiques avaient bien été utilisées, « à grande échelle », à la Ghouta, en banlieue de Damas, en Syrie, où de nombreux civils, dont des enfants, ont trouvé la mort le 21 août dernier.

« C'est l'utilisation la plus meurtrière d'armes chimiques contre des civils depuis que Saddam Hussein s'en est servi à Halabja, en 1988 », a affirmé Ban Ki-moon, qui a fait état « de preuves claires et convaincantes de l'utilisation de roquettes sol-sol contenant l'agent neurotoxique sarin ».

Ces accusations, le chef de l'ONU les a lancées alors qu'il présentait au Conseil de sécurité les conclusions du rapport de la Mission des Nations Unies chargée d'enquêter sur les allégations d'emploi d'armes chimiques en République arabe syrienne, qui a adhéré aux protocoles « les plus rigoureux » pour assurer la traçabilité de tous les échantillons prélevés sur le site de cette attaque qui avait choqué la communauté internationale.

L'équipe a interrogé plus de 50 victimes, les personnels médicaux et les premiers intervenants sur place, auprès desquels elle avait recueilli des cheveux, ainsi que des échantillons d'urine et de sang. Les experts ont également retrouvé des munitions à la Ghouta. Ces éléments de preuve ont été analysés au cours des deux dernières semaines par quatre laboratoires européens agréés par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques.

Les experts ont constaté le caractère « généralisé » des attaques commises : 85% des échantillons sanguins ont été testés positifs au gaz sarin, de même que l'écrasante majorité des autres échantillons biomédicaux. Des résultats corroborés par les symptômes présentés par les survivants, qui concordent avec une exposition à des agents neurotoxiques.

Les éléments prélevés sur le site confirment également l'emploi du sarin, en particulier les fragments de roquettes sol-sol, des modèles capables de transporter une charge chimique.

« Les conclusions sont accablantes et indiscutables. Les faits parlent d'eux-mêmes », a déclaré le Secrétaire général aux membres du Conseil.

« C'est un crime de guerre et une violation grave du Protocole de 1925 (1) et d'autres règles du droit international coutumier. […]. La communauté internationale a le devoir de tenir pour responsables les auteurs de cet acte et de veiller à ce que les armes chimiques ne réapparaissent plus comme un instrument de guerre. »

« Après deux ans et demi de tragédie, le moment est venu pour le Conseil de sécurité d'assumer ses responsabilités politiques et morales et de démontrer sa volonté politique d'avancer de manière décisive », a plaidé M. Ban.

L'adhésion, la semaine dernière, de la Syrie à la Convention sur les armes chimiques et la reconnaissance tardive que ce pays possède des armes chimiques sont des évolutions positives, a reconnu le Secrétaire général, qui a souhaité que le Conseil de sécurité et le Conseil exécutif de l'OIAC examinent rapidement les moyens de mettre en œuvre la proposition russe de placer sous contrôle international, puis de détruire, les stocks de Bachar Al-Assad. Une tâche, a-t-il déclaré, dont il est conscient de la « complexité », « en pleine guerre civile ».

Un texte de résolution, placée sous le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, circule depuis quelques jours parmi les membres du Conseil pour contraindre la Syrie à tenir ses engagements.

La mission, a précisé M. Ban, sera de retour en Syrie « dès que possible » pour conclure son enquête sur les autres allégations d'utilisation d'armes chimiques en Syrie, notamment à Khan al-Assal.

Les principales conclusions du rapport sont consultables ici.

(1) Protocole concernant la prohibition d'emploi à la guerre de gaz asphyxiants, toxiques ou similaires et de moyens bactériologiques (aussi appelé Protocole de Genève)


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