L'ONU s'alarme de la prévalence de la violence contre les femmes en Asie-Pacifique

10 septembre 2013 – Publiée mardi, une étude menée auprès de 10.000 hommes en Asie-Pacifique révèle que près de la moitié d'entre eux se livrent à des violences physiques et/ou sexuelles à l'encontre de leur compagnes, avec une variance de 26 à 80% selon les sites étudiés.

Près d'un quart des individus interrogés admettent la pratique du viol de femmes ou de filles, là aussi avec une variance assez forte, de 10 à 62% selon les neuf sites étudiés, qui se trouvent au Bangladesh, au Cambodge, en Chine, en Indonésie, au Sri Lanka et en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Intitulée « Pourquoi certains hommes recourent à la violence contre les femmes et comment pouvons-nous la prévenir? Les résultats quantitatifs de l'étude multi-pays des Nations Unies sur les hommes et la violence en Asie-Pacifique », l'étude a été réalisée par Partenaires pour la prévention, un programme régional conjoint du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), d'ONU-Femmes et de Volontaires des Nations Unies d'Asie-Pacifique (VNU).

«Cette étude confirme que la violence contre les femmes est évitable et n'est pas une fatalité », affirme le coordonateur James Lang. «La prévention est essentielle en raison de la forte prévalence du recours à la violence et est réalisable parce que la majorité des facteurs associés à l'usage de la violence par les hommes peuvent être combattus. »

L'étude conclut que les hommes commencent à perpétrer des violences beaucoup plus jeunes qu'on ne le pensait auparavant : la moitié admet l'avoir pratiqué pour la première fois à l'adolescence. La grande majorité des violeurs n'a jamais été inquiétée sur le plan judiciaire, tendance qui confirme la prégnance d'une culture d'impunité dans la région.

La raison la plus fréquemment invoquée par ces hommes est leur conviction qu'ils ont le droit d'avoir des relations sexuelles avec des femmes indépendamment de leur consentement. Plus de 80% des hommes interrogés dans les zones rurales du Bangladesh et de la Chine donnent cette réponse.

La violence contre les femmes, révèle encore l'étude, est une expression de la subordination et de l'inégalité que les femmes subissent dans les sphères privée et publiques. Elle s'inscrit le plus souvent dans un contexte plus large d'inégalités structurelles.

Ainsi, au Bangladesh et au Cambodge, les hommes qui exercent un contrôle très fort au sein du ménage sont deux fois plus susceptibles de perpétrer des violences contre une partenaire que ceux qui sont moins dominants.

Ces hommes ont le plus souvent eux-mêmes subi des violences physiques, sexuelles ou émotionnelle pendant l'enfance ou ont été témoins de violences envers leur mère. Plus de 65 % des hommes interrogés à Bougainville, en Papouasie Nouvelle-Guinée et en Chine ont déclaré avoir subi des violences psychologiques ou des négligences.

Pour inverser cette tendance alarmante, le rapport recommande de proclamer la violence comme étant inacceptable, notamment en mobilisant les personnalités influentes et respectées au sein des communautés. Il préconise aussi de promouvoir des moyens non violents et bienveillants d'être un homme, notamment à travers des programmes de sensibilisation en milieu scolaire ou à des activités sportives.

« Nous espérons que les informations obtenues dans le cadre de cette recherche seront intégrées aux programmes et politiques destinées à mettre fin aux violences contre les femmes » déclare Emma Fulu, de « Partenaires pour la prévention ». « Compte-tenu de l'âge auquel les violences commencent d'être perpétrées, nous devons commencer à travailler avec des garçons et filles plus jeunes que nous l'avons fait par le passé. Nous devons aussi clairement besoin de lois qui stipulent clairement le caractère inacceptable la violence à l'égard des femmes, ainsi que des politiques et programmes qui protègent les enfants et mettent fin aux cycles de violence. »


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