Un expert de l'ONU invite le Malawi à réviser sa politique agricole

Une femme au Malawi collecte sa ration mensuelle de céréales. Photo :PAM/Gregory Barrow

22 juillet 2013 – Olivier De Schutter, le Rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation, a invité lundi le Malawi à revoir sa stratégie nationale de sécurité alimentaire afin de la mettre véritablement au service des plus vulnérables.

« Les politiques en matière de sécurité alimentaire du Malawi n'ont pas réussi à débarrasser le pays d'une sous-alimentation chronique », a indiqué M. De Schutter.

« Le pays a le besoin urgent d'une autre stratégie afin de promouvoir une approche intersectorielle cohérente et de faire en sorte que les plus vulnérables en touchent davantage les dividendes », a-t-il dit, après 11 jours passés dans le pays.

Plus de 50% du pays est en effet plongé dans la pauvreté, près de la moitié des enfants souffrant de malnutrition. Alors que le Malawi est souvent cité en exemple pour sa lutte contre la faim basée sur le subventionnement des exploitations agricoles, les progrès sur le long terme peuvent pâtir d'un accent insuffisant mis sur l'autonomisation des plus pauvres.

Grâce à un programme dédié, plus d'un million d'exploitants au Malawi ont accès à des engrais et des semences à un prix préférentiel. Pourtant, cette année le pays devra importer du maïs comme composante d'une aide humanitaire en faveur des agriculteurs du pays.

Le Rapporteur spécial estime que le Malawi devrait réviser ce programme, lequel représente plus de la moitié de son budget agricole, afin de protéger la sécurité alimentaire de tous les habitants.

« Le Malawi a besoin de ressources agricoles durables et de salaires décents, deux éléments qui manquent à l'heure actuelle », a-t-il dit, avant d'indiquer que la politique consistant à fournir aux propriétaires des plantations une main d'œuvre corvéable à merci devrait être écartée.

« Les plus pauvres payent le prix fort du tapis rouge déroulé pour les investisseurs internationaux en voyant leurs salaires diminués et les services supprimés en raison des exonérations fiscales », a affirmé le Rapporteur spécial.

Parmi les mesures à prendre par le Gouvernement pour remédier à cette situation, M. De Schutter a cité la promotion d'un salaire décent, l'autorisation de négociations syndicales dans tous les secteurs et la mise en place d'une fiscalité appropriée pour les investisseurs.

« En améliorant la transparence des politiques agricoles, tant dans leur élaboration que dans leur mise en œuvre, le Malawi s'assurera ainsi que les investissements publics bénéficient véritablement aux plus pauvres », a conclu M. De Schutter.


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