Traite des personnes : une experte de l'ONU exhorte le Maroc à adopter une approche centrée sur les victimes

La Rapporteuse spéciale Joy Ngozi Ezeilo.

25 juin 2013 – La Rapporteure spéciale des Nations Unies sur la traite des personnes, en particulier les femmes et les enfants, Joy Ngozi Ezeilo, a exhorté mardi le Gouvernement marocain à garantir une approche centrée sur les victimes dans le cadre de la lutte contre la traite des personnes.

« Le Maroc fait face à de nombreux défis en tant que pays d'origine et de transit et de plus en plus en tant que pays de destination pour les victimes de la traite de personnes », souligne Mme Ezeilo dans un communiqué de presse publié à la fin d'une visite officielle de cinq jours dans ce pays.

La Rapporteure spéciale a félicité le Gouvernement du Maroc pour la ratification du Protocole des Nations Unies sur la traite des personnes et a vivement recommandé que les normes dudit protocole soient traduites en actions concrètes visant à mieux protéger et porter assistance aux victimes, prévenir la traite des personnes et sanctionner les auteurs de ce crime. Elle a cependant également exhorté le gouvernement à effectuer des enquêtes plus approfondies pour connaitre l'étendue du problème.

Mme Ezeilo a indiqué que « la préoccupation la plus immédiat est celui de l'absence d'un cadre juridique adéquat dans la lutte contre la traite des personnes » puisque les migrants en situation irrégulière sont de plus en plus vulnérables à la traite de personnes à des fins de travail forcé, de servitude domestique et d'exploitation sexuelle.

« L'absence d'outils appropriés et de protocoles d'identification des victimes fait que ces dernières demeurent pour la plupart non identifiées ou sont confondues avec les migrants irréguliers », déclare Mme Ezeilo. Selon elle, le Maroc devrait mettre en place un mécanisme adéquat pour la collecte des données permettant de déterminer le taux de prévalence ainsi que les diverses formes et manifestations du phénomène de la traite des personnes dans le pays.

La Rapporteure spéciale a également exprimé des préoccupations au sujet de l'insuffisance des services de protection et d'assistance à ces victimes et a déclaré que « la disponibilité et l'accès aux centres d'accueil restent très limités pour les personnes exposées à diverses formes de violence et d'exploitations ainsi qu'aux risques liés a la traite de personnes ».

Mme Ezeilo a recommandé au gouvernement de nommer un rapporteur national dont la mission serait de superviser la mise en place, le progrès et les impacts d'une législation en matière de traite des personnes sur les droits de l'homme, y la mise en place d'un système d'identification des victimes de la traite.

Au cours de sa mission, Mme Ezeilo a rencontré les représentants des autorités compétentes, du pouvoir judiciaire et des institutions nationales impliqués dans la lutte contre le trafic, ainsi que les représentants de l'ONU, des organisations internationales et de la société civile, mais aussi des victimes de la traite des personnes ainsi que leurs représentants. La Rapporteuse spéciale s'est rendue à Rabat, Casablanca et Tanger.

Le 20 juin, la Rapporteure spéciale a également visité Dakhla, au Sahara Occidental, ou elle s'est entretenue avec plusieurs interlocuteurs. Elle salue la volonté des autorités d'institutionnaliser des bonnes pratiques qu'elle a constatées à travers les réponses médicales et juridiques d'assistance aux femmes victimes de violences. Néanmoins, elle a demandé aux autorités de renforcer les capacités pour pouvoir identifier les cas de traite des personnes et de prendre de nouvelles mesures pour réduire la vulnérabilité des victimes potentielles et d'assurer la protection adéquate des migrants et de leurs familles.


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