La lutte contre les discriminations, pierre angulaire des réformes au Myanmar, dit Navi Pillay

Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme, Navi Pillay. Photo: ONU/Jean-Marc Ferré

19 juin 2013 – La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, a exhorté mercredi le gouvernement du Myanmar à faire de la lutte contre les discriminations à l'encontre des minorités ethniques et religieuses du pays sa priorité, sous peine de mettre en péril le processus de réforme dans ce pays.

« Le Myanmar peut aujourd'hui servir d'exemple en renouvelant son engagement en faveur des droits de l'homme », indique Mme Pillay dans un communiqué de presse.

« Toutefois, les violations actuelles des droits de l'homme de la communauté Rohingya dans l'état de Rakhine et les flambées islamophobes constituent un défi qui requièrent l'attention particulière du gouvernement », ajoute-t-elle.

L'état de Rakhine compte environ 140.000 personnes déplacées, en majorité issues de la communauté des Rohingyas, en raison des affrontements entre les communautés bouddhiste et musulmane de l'année dernière. Des dizaines de milliers de personnes ont également fui le pays à bord d'embarcations.

En mars, la violence contre les musulmans a gagné Meiktila dans la région de Mandalay. 43 personnes ont été tuées et plus de 1500 bâtiments ont été détruits, selon le gouvernement. En mai, la violence islamophobe dans la ville de Lashio dans l'état de Shan a causé le déplacement de près de 1400 personnes, alors qu'une mosquée et une école islamique ont été détruites.

« Le Président du Myanmar a prononcé des déclarations importantes sur la nécessité de mettre fin à la violence et à la discrimination et de favoriser le respect mutuel et la tolérance entre personnes de religion et d'ethnie différentes », rappelle la Haut-Commissaire. « Je pense que la volonté politique est là. J'encourage maintenant le gouvernement à traduire cette volonté en actions concrètes ».

Mme Pillay souligne ensuite l'obligation du gouvernement de traduire en justice les auteurs de violations des droits de l'homme. Le Haut-commissariat aux droits de l'homme affirme avoir pris connaissance d'accusations crédibles de déni de justice, d'exécutions extrajudiciaires, de violences sexuelles, dont de viols, et d'actes de torture sur les lieux de détention.

« Je suis également préoccupée par l'absence de poursuites à l'encontre des participants aux violences de masse contre des musulmans à Meiktila, Lashio, ainsi que dans d'autres zones, envoyant ainsi le message que la violence contre la communauté musulmane du Myanmar est acceptable», déclare la Haut-Commissaire.

« Le gouvernement doit entreprendre dans les plus brefs délais les réformes judiciaires et institutionnelles nécessaires, afin d'amender les lois discriminant en raison de l'appartenance ethnique ou religieuse », ajoute-t-elle.

Mme Pillay a ensuite fermement condamné une directive locale adoptée en mai qui impose une limite de deux enfants aux couples musulmans Rohingyas à Buthidaung et à Maungdaw dans l'état de Rakhine.

« Cette directive, qui constitue une discrimination flagrante, doit être annulée immédiatement », souligne Mme Pillay, qui a également souligné le caractère discriminatoire de la loi sur l'accès à la citoyenneté envers certaines minorités, dont les Rohingyas. Près de 800.000 Rohingyas sont en effet réduits à l'apatridie, ce qui renforce leur vulnérabilité, conclut Mme Pillay.


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