La promotion de modes de vie sains se heurte à de formidables intérêts économiques, dit l'OMS

Le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Margaret Chan. Photo ONU

10 juin 2013 – Alors que les maladies non-transmissibles sont devenues la première cause de mortalité - devant les maladies infectieuses -, les efforts de promotion pour une bonne santé font face à des obstacles de taille, de la part notamment des grandes industries.

« Alors que l'amélioration des conditions de vie conduisait à l'éradication des maladies, c'est aujourd'hui le progrès socio-économique qui favorise l'augmentation des maladies non-transmissibles », a déclaré lundi le Directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Margaret Chan, en ouverture de la 8ième Conférence internationale pour la promotion de la santé qui se tient à Helsinki, en Finlande.

« Faire en sorte que les gens adoptent des modes de vie sains revient à affronter de réelles forces d'opposition », a-t-elle poursuivi, alors que la croissance économique, la modernisation et l'urbanisation sont propices au développement de modes de vie déséquilibrés.

« Les efforts pour prévenir les maladies non-transmissibles se heurtent aux intérêts d'agents économiques puissants », a asséné Mme Chan, qui a indiqué qu'il s'agissait là, selon elle, d'un des plus grands défis dans le domaine de la promotion de la santé.

« Il ne s'agit plus de la seule industrie du tabac, mais de l'industrie agroalimentaire, de l'industrie des boissons gazeuses sucrées, de l'industrie des boissons alcoolisées, qui, toutes, cherchent à se prémunir contre les tentatives de régulation par des techniques éprouvées », a affirmé le Directeur général.

Parmi ces techniques, Mme Chan a cité le recours à des lobbies, la formulation de promesse d'auto-régulation, les poursuites en justice et le financement d'études afin « de discréditer les éléments de preuve et de semer la confusion dans les esprits ».

Elle a également mentionné les dons faits à des causes permettant de soigner la respectabilité de ces industries auprès du grand public et des responsables politiques ou bien encore les tentatives visant à assimiler les actions des Gouvernements en matière de santé à des immixtions dans la vie privée.

« Il s'agit d'une opposition formidable, parce que peu de gouvernements font prévaloir la santé sur les intérêts économiques », a-t-elle poursuivi, rappelant qu'aucun pays n'avait réussi à inverser l'épidémie d'obésité, en raison de l'absence de volonté politique de s'attaquer auxdits intérêts.

Mme Chan a ensuite pointé deux tendances préoccupantes, la première, « dangereuse » selon elle, étant l'attaque devant les tribunaux des mesures introduites par les Gouvernements pour protéger la santé de leurs citoyens.

La seconde tendance recouvre les efforts des industries afin d'influencer les politiques de santé publique ayant une incidence sur leurs produits. « Lorsque les industries ont leur mot à dire lors de la prise de décision, soyez assurés que les mesures de régulation les plus efficaces seront édulcorées, voire même éliminées », a lancé le Directeur général aux participants, en parlant d'une tendance « avérée et dangereuse ».

« La formulation des politiques de santé publique doit être protégée de l'interférence des intérêts privés ou commerciaux », a conclu Mme Chan.


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