Érythrée : la situation des droits de l'homme doit rester sous surveillance, dit un expert de l'ONU

Le Conseil des droits de l’homme à Genève. Photo: ONU

5 juin 2013 – La Rapporteure spéciale des Nations Unies pour l'Érythrée, Sheila B. Keetharuth, a de nouveau exhorté mercredi la communauté internationale à maintenir sa surveillance sur la situation des droits de l'homme dans ce pays et à protéger les personnes qui quittent le pays, en particulier les enfants non accompagnés, dont le nombre est en constante augmentation.

« La communauté internationale doit continuer d'examiner de très près la situation en Erythrée jusqu'à ce qu'un changement réel survienne », a dit Mme Keetharuth, lors de la présentation de son premier rapport au Conseil des droits de l'homme à Genève.

Malgré plusieurs demandes, la Rapporteure spéciale n'a pas reçu le feu vert des autorités érythréennes pour se rendre dans le pays depuis sa nomination en novembre 2012. En conséquence, Mme Keetharuth a mené une première mission sur le terrain du 30 avril au 9 mai 2013 en conduisant des interviews dans les camps de réfugiés d'Ethiopie et de Djibouti, qui accueillent d'importantes communautés érythréennes.

« J'ai veillé à recueillir des informations sur les violations des droits de l'homme auprès d'un grand nombre d'interlocuteurs, en particulier les survivants », a poursuivi la Rapporteure spéciale, qui a précisé que la plupart des personnes interrogées avaient fui récemment l'Érythrée.

« La situation des droits de l'homme en Érythrée se caractérise par des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées, des arrestations et détentions arbitraires, des actes de torture et des conditions de détention inhumaines », a-t-elle affirmée.

La Rapporteure spéciale a ensuite souligné avec une vive inquiétude la militarisation croissante de la société, comme en attestent la conscription forcée, un service national d'une durée indéfinie et le début, l'année dernière, d'un entraînement militaire à l'échelle de tout le pays de la population civile.

« Cette militarisation croissante touche le cœur même de la société érythréenne et son pilier essentiel, la famille. Un service national sans durée définie prive les femmes et les hommes de leurs plus belles années », a dit Mme Keetharuthn, ajoutant que la plupart des personnes interrogées avaient besoin des fonds envoyés par des membres de leur famille et amis vivant à l'étranger pour pouvoir vivre dignement.

« Les sévères restrictions apportées aux libertés de mouvement, d'opinion, d'expression, d'association et de religion instaurent un climat de peur, qui se nourrit de rumeurs, de propagande et de suspicion, et qui s'insinue au sein même des familles », a expliqué la Rapporteure spéciale.

« Cette situation alarmante explique le flux permanent de réfugiés en provenance de l'Érythrée», a dit l'experte indépendante. « En dépit de l'emploi d'une force létale visant ceux qui tentent de s'enfuir, et des dangers extrêmes rencontrés, plus de 4000 Erythréens fuient le pays chaque mois – un chiffre en constante augmentation ».

Mme Keetharuth a notamment indiqué qu'elle avait rencontré dans les camps de réfugiés en Ethiopie un grand nombre d'enfants non accompagnés, dont certains avaient à peine sept ou huit ans. « Beaucoup de ces enfants fuient, sans que leurs familles soient informées, pour éviter la conscription forcée et le service national indéfini. »

En conclusion, la Rapporteure spéciale, si elle a reconnu la participation active de l'Érythrée à l'examen périodique universel des droits de l'homme en 2009 et 2010, a indiqué que le second examen prévu en janvier 2014 sera l'occasion d'analyser les mesures prises par le pays pour honorer ses engagements en matière des droits de l'homme.


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