Les albinos sont des êtres humains comme les autres, rappelle un groupe d'experts de l'ONU

Une femme albino de Tanzanie qui a été violemment assaillie en raison des rumeurs qui courraient sur ses supposés pouvoirs magiques. Photo: UNTV

3 mai 2013 – Un groupe d'experts indépendants des Nations Unies a attiré aujourd'hui l'attention sur la discrimination dont souffrent les personnes atteintes d'albinisme en Tanzanie, où la Journée nationale de l'albinisme sera observée samedi.

« Les albinos sont considérés comme des fantômes et non comme des êtres humains, et dès lors, peuvent être rayés de la carte », note le groupe dans un message adressé à cette occasion. « Les personnes atteintes d'albinisme cristallisent des mythes aussi nombreux que néfastes dans plusieurs pays, en particulier en Afrique. »

L'albinisme est une maladie héréditaire rare et non contagieuse, qui touche des individus des deux sexes, indépendamment de leur ethnicité, dans tous les pays du monde. Elle survenir chez n'importe quel individu si l'un des parents est porteur du gène, même s'il n'est pas lui-même albinos. L'albinisme se manifeste par un déficit de pigmentation dans les cheveux, la peau et les yeux, et expose la personne qui en souffre à une vulnérabilité au soleil et à la lumière trop vive.

Bien que les chiffres varient, on estime qu'en Amérique du Nord et en Europe, une personne sur 20.000 souffre d'albinisme à des degrés divers. En Tanzanie, et dans toute l'Afrique orientale, l'albinisme est beaucoup plus répandu, avec environ une personne sur 2.000 touchée.

Dans plusieurs pays africains, on croit que les membres du corps des albinos possèdent des pouvoirs magiques capables d'apporter la richesse une fois utilisés dans des potions préparées par des sorciers. Certains croient même que la sorcellerie est plus puissante si les victimes hurlent pendant leur amputation.

Les organisations non gouvernementales travaillant sur l'albinisme ont documenté 186 attaques rituelles perpétrées contre des personnes atteintes d'albinisme depuis 2000, dans 15 États africains.

« Il s'agit là de certaines des pires formes de traitements cruels, inhumains ou dégradants et ils ne peuvent en aucun cas être justifiés », a dénoncé le Rapporteur spécial sur la torture, Juan E. Méndez. « Le droit international stipule qu'il est du devoir de l'État d'assurer la protection des personnes atteintes d'albinisme contre de tels actes barbares. »

Les albinos sont non seulement mutilés et torturés, mais également tués et le plus souvent enterrés vivants avec les chefs de tribus afin de ne pas les laisser seuls dans la tombe. « Ces actes doivent cesser et les auteurs être traduits en justice dans les meilleurs délais », a affirmé le Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Christof Heyns.

« Les États ont l'entière responsabilité de mener des enquêtes approfondies et impartiales sur tous les meurtres d'albinos, ainsi que d'adopter des mesures pour mettre fin à l'impunité et empêcher la répétition de tels crimes », a-t-il ajouté.

Les albinos sont souvent rejetés et abandonnés par leurs propres familles en raison de la pression exercée par la société, a expliqué de son côté l'experte indépendante des Nations Unies sur les questions des minorités, Rita Izsák.

« En raison de la stigmatisation, de l'exclusion sociale et de la discrimination permanente dont ils sont l'objet, ils sont confrontés à une expérience similaire à celle des minorités raciales vulnérables », a-t-elle précisé.

Le Rapporteur spécial sur le racisme, Mutuma Ruteree a souligné quant à lui que les gouvernements devaient veiller à ce que les personnes atteintes d'albinisme puissent bénéficier des mêmes opportunités que n'importe quel autre citoyen et soient traités avec dignité.

Presque tous les albinos sont malvoyants et peuvent développer des maladies pulmonaires ou des cancers de la peau. Le Rapporteur spécial sur la santé, Anand Grover, a noté que souvent, ils ne recevaient pas les soins de santé dont ils ont besoin, exhortant les autorités à s'engager en ce sens.

Éduquer les enfants sur l'albinisme est également un moyen important de prévenir la discrimination à leur encontre, a relevé Kishore Singh, le Rapporteur spécial sur le droit à l'éducation. « Il y a maintenant plusieurs méthodes pédagogiques et des manuels pour enseignants qui se sont avérés efficaces dans le cadre de l'éducation des enfants atteints d'albinisme. Ceux-ci doivent être largement promus et appliqués. »

Les experts ont exhorté le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) à étudier les causes profondes de la discrimination et des attaques contre les albinos et appelé les gouvernements du monde entier à sensibiliser l'opinion publique à la réalité de l'albinisme.

Les Journées nationales, comme celle qui sera observée demain en Tanzanie, peuvent fournir une excellente occasion d'attirer davantage l'attention et d'ouvrir le débat sur la situation et les besoins des albinos », affirment les experts. « Ce ne sont pas des fantômes, simplement des personnes comme chacun d'entre nous, mais qui vivent avec ce que l'on appelle l'albinisme. »


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