Journée mondiale de la liberté de la presse: l'ONU mobilise autour de la sécurité des journalistes

La photographe Farzana Wahidy, en train de couvrir une manifestation de femmes demandant davantage d’autonomisation, à Mazar-i-Sharif, dans le nord de l’Afghanistan. Photo: MANUA/Fardin Waezi

2 mai 2013 – Des responsables des Nations Unies ont lancé jeudi un appel à l'action pour garantir la sûreté des journalistes dans tous les pays, faisant écho au Secrétaire général Ban Ki-moon, qui a déclaré que « lorsque il est possible de s'exprimer en toute sécurité, c'est le monde entier qui en bénéficie ».

« Chaque jour, la liberté d'expression fait face à de nouvelles menaces. Parce qu'ils contribuent à garantir la transparence et la responsabilité dans les affaires publiques, les journalistes sont souvent la cible de violences », ont rappelé M. Ban et la Directrice générale de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), Irina Bokova, dans un message conjoint adressé à l'occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse.

« Les professionnels des médias sont aussi trop nombreux à être victimes d'intimidations, de menaces et de violences. Trop nombreux à être soumis à la détention arbitraire et à la torture, souvent sans recours légal. Nous devons nous montrer fermes face à cette forme d'insécurité et d'injustice. »

Le 3 mai a été proclamé Journée mondiale de la liberté de la presse par l'Assemblée générale des Nations Unies en 1993. Le thème choisi cette année, « Parler sans crainte: assurer la liberté d'expression dans tous les médias », a pour ambition de susciter une action internationale en vue de protéger la sécurité de chaque journaliste, dans chaque pays, et de briser le cercle vicieux de l'impunité.

Selon l'UNESCO, plus de 600 journalistes ont été tués au cours des dix dernières années et, parmi eux, beaucoup n'exerçaient pas dans des zones de conflit. Il persiste un climat d'impunité – neuf assassinats de journalistes sur dix restent impunis.

M Ban et Mme Bokova ont souligné que la liberté de la presse « ne va pas de soi » ; son exercice requiert un environnement sûr, propice au dialogue, dans lequel chacun peut s'exprimer librement et ouvertement sans crainte de représailles.

Ils ont également noté que l'action engagée doit concerner les médias traditionnels autant que le monde numérique, « où l'information est de plus en plus produite et consommée ».

« Les blogueurs, les reporters citoyens et les producteurs de médias sociaux ainsi que leurs sources voient leur sécurité chaque jour plus menacée », relèvent-ils. « Outre les agressions physiques, ils sont la cible de violences psychologiques et émotionnelles qui prennent la forme de cyberattaques, d'atteintes à la protection des données, d'intimidations, d'une surveillance injustifiée et de violations de la vie privée. »

« Ces agressions non seulement entravent le droit à la liberté d'expression et menacent la sécurité des journalistes en ligne et celle de leurs sources, mais elles nuisent à la possibilité pour tous de profiter d'un Internet libre et ouvert. »

Les chefs de l'ONU et de l'UNESCO ont réitéré la ferme détermination de l'Organisation à mener une action coordonnée, à effectuer un travail de sensibilisation et à aider les pays à défendre les principes internationaux et à se doter d'une législation en faveur de la liberté d'expression et d'information, comme le prévoit le Plan d'action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l'impunité.

« En cette Journée mondiale de la liberté de la presse, nous appelons les gouvernements, les sociétés et les individus à tout mettre en œuvre pour protéger la sécurité de l'ensemble des journalistes, en ligne et hors ligne. Chacun de nous a une voix à faire entendre. Nous devrions tous pouvoir parler librement et en toute sécurité », ont ajouté M. Ban et Mme Bokova.

Parallèlement, la Mission d'assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) a souligné l'importance de garantir la liberté de la presse, alors que le pays se prépare aux élections présidentielles de 2014.

« Parmi d'autres pouvoirs et contrepouvoirs, des médias dynamiques, ouvrant la voie à un débat vigoureux et à une couverture médiatique équilibrée peuvent contribuer à la transparence et à la responsabilité nécessaires pour une véritable participation démocratique », a expliqué Ján Kubiš, le Représentant spécial du Secrétaire général pour ce pays.

Selon le Comité de protection des journalistes (CPJ), l'Afghanistan est l'un des dix pays les plus mal classés s'agissant de l'impunité pour les crimes commis contre des journalistes. L'Iraq, la Somalie et les Philippines arrivent en tête de liste.

Les Nations Unies notent qu'en Somalie, les journalistes ne risquent pas seulement d'être tués chaque jour, mais aussi de subir des arrestations arbitraires, comme cela s'est produit plus tôt cette année lorsque l'un d'entre eux avait été accusé d'avoir inventé une histoire de viol sur la base d'une interview qui n'avait jamais été publiée.

Pour marquer la Journée, l'UNESCO organisera pendant trois jours une série de manifestations à San José, au Costa Rica, en mettant l'accent sur la sécurisation de la liberté d'expression dans tous les médias. Au cours d'une cérémonie, le Prix de la liberté UNESCO/Guillermo Cano sera remis à la journaliste éthiopienne Reeyot Alemu, auteur d'articles sur la pauvreté et l'égalité entre les sexes, qui purge actuellement une peine de cinq ans de prison.

L'UNESCO organise également un festival de trois jours à Rabat, au Maroc, pour marquer le 20ème anniversaire de la Journée mondiale de la liberté de la presse. Dans ce cadre, auront lieu des conférences, des ateliers de formation pour les journalistes, une exposition d'art et la projection d'un film.


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