Devant les obstacles à l'aide humanitaire en Syrie, des responsables de l'ONU exhortent le Conseil de sécurité à l'action

La Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires, Valerie Amos, s'adresse au Conseil de sécurité. Photo: ONU/Rick Bajornas

18 avril 2013 – Les organisations humanitaires font face à des contraintes colossales pour venir en aide à des millions de Syriens victimes d'une « catastrophe », ont affirmé jeudi des responsables des Nations Unies devant le Conseil de sécurité, en l'exhortant à agir.

« Je peux difficilement dire à quel point la situation est grave en Syrie », a indiqué la Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires, Valerie Amos, énumérant des obstacles allant de demandes de visas retardées à des préavis imposés aux convois d'aide, en passant par des barrages routiers et la réduction drastique du nombre des organisations non gouvernementales déployées sur le terrain, qui est passé de 110 à 29 depuis le début du conflit il y a deux ans.

La Coordonatrice des secours d'urgence de l'ONU a souligné que la situation était particulièrement préoccupante dans les zones de combats et celles sous contrôle de l'opposition. Près de 6,8 millions de personnes ont besoin d'aide, dont 4,25 millions déplacées à l'intérieur des frontières, auxquelles viennent s'ajouter 1,3 million de réfugiés dans les pays frontaliers de la Syrie, pays où plus de 70.000 personnes ont trouvé la mort depuis que les forces de l'opposition ont pris les armes contre le régime du Président Bachar Al-Assad.

« Et le Conseil de sécurité n'a pas été en mesure d'atteindre le consensus nécessaire pour soutenir une solution politique à la crise », a-t-elle dit. « Tandis que la situation humanitaire sur le terrain devient chaque jour de plus en plus catastrophique, les limites imposées sur le terrain nous rapprochent dangereusement de la suspension des opérations humanitaires. »

« Nous approchons d'un point de non-retour », a-t-elle affirmé, en déclarant que les membres de la communauté internationale, en particulier les membres du Conseil de sécurité, doivent se réunir de façon urgente pour soutenir le peuple syrien.

Plus de trois millions d'enfants sont déjà été touchés, dont deux millions de déplacés. Nombre d'entre eux ont été tués, d'autres torturés ou victimes de violences sexuelles. Ce conflit brutal ne brise pas seulement le présent de la Syrie, il détruit aussi son avenir, a observé Mme Amos.

« Mon appel à ce Conseil se fait au nom du peuple syrien, mais aussi au nom de tous ceux qui cherchent à les aider », a lancé Mme Amos. « Nous sommes en train de perdre l'espoir. Nous ne pouvons pas faire notre travail correctement. Nous attendons de vous que vous preniez les mesures nécessaires pour mettre un terme à ce conflit brutal. »

Deir Az Zor, Hama, Homs ou encore Idlib : les principales villes de la Syrie sont devenues des champs de ruines à cause du conflit, a-t-elle poursuivi. Mais aucune description ne pourra rendre compte exactement des horreurs infligées chaque jour, a-t-elle témoigné, en faisant état de maisons brûlées avec des familles se trouvant encore à l'intérieur, de gens tués au cours des bombardements alors qu'ils faisaient la queue pour un morceau de pain.

Mme Amos a toutefois indiqué que des améliorations avaient été constatées sur le front du financement des opérations humanitaires, grâce à la mise à disposition, aujourd'hui même, des 275 millions de dollars promis par le Koweït dans le cadre de l'appel d'un milliard et de demi lancé en janvier dernier par la communauté internationale

De son côté, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), António Guterres, a annoncé que 400.000 réfugiés avaient fui la Syrie au cours des sept dernières semaines, ce qui porte à 1.367.413 la population des Syriens enregistrés en tant que réfugiés ou en attente de l'être.

Si les tendances actuelles se maintiennent, a-t-il indiqué, alors à la fin de l'année, il pourrait y avoir jusqu'à 3,5 millions de réfugiés syriens ainsi que 6,5 millions de personnes déplacées à l'intérieur de la Syrie, qui pourraient avoir besoin d'aide

« Ces chiffres sont terrifiants », a-t-il déclaré. « Cette situation risque aussi d'être simplement ingérable. Il est impossible de répondre de façon appropriée aux énormes besoins humanitaires que ces chiffres représentent. Et il est difficile d'imaginer comment une nation peut endurer tant de souffrances.

« Je sais qu'en tant que Haut Commissaire pour les réfugiés, je devrais limiter mes commentaires à l'étendue de mon mandat », a-t-il reconnu. « Mais en tant que citoyen du monde, je ne peux m'empêcher de me demander : n'y a-t-il aucun moyen de faire cesser ces combats, d'ouvrir la porte à une solution politique ? »

Pour sa part, la Représentante spéciale du Secrétaire général pour les violences sexuelles commises en période de conflit armé, Zainab Bangura, a affirmé que des femmes et des enfants avaient été enlevés et violés aussi bien par les forces gouvernementales que par celles de l'opposition. « Nous avons regardé, nous avons discuté, et maintenant il est temps d'agir », a-t-elle lancé à l'adresse du Conseil.

Son homologue pour les enfants et les conflits armés, Leila Zerrougui, a également plaidé pour qu'il soit mis fin aux combats afin de protéger les jeune Syriens.

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