L'ONU préoccupée par l'impact humanitaire des violences interconfessionnelles au Myanmar

le Directeur des opérations du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), John Ging. Photo ONU/Evan Schneider

28 mars 2013 – Au terme d'une mission de quatre jours au Myanmar, le Directeur des opérations du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), John Ging, a exprimé jeudi sa préoccupation devant l'impact humanitaire des tensions interconfessionnelles dans ce pays.

Plus de 125.000 personnes ont besoin d'une aide humanitaire vitale dans l'état de Rakhine et sont menacés d'inondations à l'approche de la saison des moussons, qui débute en mai. La majorité d'entre eux sont des personnes déplacées issus de la minorité musulmane Rohingya qui ont du fuir à cause de la violence intercommunautaire.

« Des dizaines de milliers de personnes déplacées à cause de la violence dans l'état de Rakhine sont actuellement exposés à une menace imminente avec l'arrivée de la mousson », a indiqué M. Ging dans un communiqué de presse.

« Nous devons agir immédiatement pour empêcher une tragédie prévisible. De nombreux camps de déplacés se trouvent dans des zones à basse altitude inondées chaque année », a-t-il prévenu.

Lors d'entrevues avec des responsables gouvernementaux, M. Ging a souligné la nécessité urgente d'octroyer des terrains sûrs pour l'établissement de camps et garantir la liberté de mouvement des habitants et plaidé pour la promotion accrue de la coexistence pacifique entre les groupes ethniques.

« Nous avons besoin du soutien du gouvernement pour renforcer le respect des communautés vis-à-vis de l'effort déployé par la communauté humanitaire car de sérieux problèmes de sécurité se posent, notamment des menaces et des incitations à la violence contre les agences et leurs personnels », a rappelé M. Ging.

Le Directeur des opérations de l'OCHA a appelé le gouvernement à reprendre sa coordination avec l'Organisation de la coopération islamique (OCI), qui a proposé d'apporter une aide aux victimes de violences.

« La proposition de l'OCI d'apporter une assistance aux deux communautés sans distinction lui permet de jouer un rôle important dans la solution au problème », s'est félicité M. Ging, en rappelant les engagements qu'il avait reçus de la direction de l'OCI lors d'une mission récente à Djeddah, en Arabie saoudite.

Parallèlement, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme au Myanmar, Tomás Ojea Quintana, a demandé au gouvernement du Myanmar de prendre davantage de mesures pour arrêter la violence envers les communautés bouddhistes et musulmanes au Myanmar.

« Le gouvernement doit agir immédiatement pour freiner la propagation de la violence à d'autres régions du pays, puisque cela menace le processus de réformes en cours. Il faut notamment lutter contre les campagnes de discrimination et d'incitation à la haine lancées contre les communautés musulmanes dans le pays et arrêter les groupes organisés et coordonnés qui s'en prennent à elles », indique M. Quintana dans un communiqué de presse.

La semaine dernière, des violences entre bouddhistes et musulmans ont fait de nombreuses victimes et d'importants dégâts matériels dans la municipalité de Meiktila, située dans la région de Mandalay. Plus de 12.000 personnes ont été déplacées et les autorités ont déclaré l'état d'urgence dans quatre municipalités de la région. Selon les informations, la violence se serait propagée jusqu'à Bago et Yangon.

M. Quintana a salué les appels du gouvernement à la tolérance et à l'empathie entre toutes les communautés dans le pays, dont celui lancé par le Président Thein Sein. Plus tôt aujourd'hui, lors d'un discours télévisé, le Président a mis en garde les « opportunistes politiques » et les « extrémistes religieux » contre l'instrumentalisation de la religion à des fins de haine raciale.

« L'an dernier », a rappelé M. Ging, « j'ai souligné l'impact des violences interconfessionnelles sur les réformes impressionnantes lancées dans le domaine de la démocratisation, du renforcement de la paix et des réformes économiques et le risque qu'elles font courir sur le plan humanitaires ».

Au cours de son déplacement en Asie, M. Ging s'est également rendu aux Philippines, notamment dans la vallée de Compostela, au sud de l'île de Mindanao. Il y a rencontré des familles endeuillées ayant aussi perdu leurs récoltes et leurs logements lors du passage du Typhon Bopha, en décembre 2012.

Ce typhon, le plus puissant en 2012, a tué plus de 1.000 personnes et affecté près de 6,2 millions de personnes. M. Ging a exprimé son admiration devant la résilience des populations et l'excellente organisation des autorités pour aider les personnes affectées.

« Les survivants reconstruisent leurs vies et leurs moyens de subsistance avec dignité et détermination », s'est félicité M. Ging. « Nous devons nous assurer que leurs besoins seront pris en compte par la communauté internationale ».


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