Soudan du Sud : inégale transition pour la plus jeune nation du monde

La Représentante spéciale du Secrétaire général pour le Soudan du Sud, Hilde Johnson. Photo: ONU/Isaac Billy

22 mars 2013 – Près de deux ans après sa sécession du Soudan, le Soudan du Sud, plus jeune pays du monde, continue de se heurter à plusieurs défis de taille, en particulier des violences intercommunautaires et les activités des groupes armés dans certaines régions, en particulier l'État de Jonglei, a expliqué jeudi la Représentante spéciale du Secrétaire général pour ce pays, Hilde Johnson, devant le Conseil de sécurité.

La situation à Jonglei reste en effet source d'inquiétude et pose des problèmes complexes à la Mission des Nations Unies dans ce pays (MINUSS) et au gouvernement sud-soudanais, a poursuivi la Représentante spéciale, venu présenter le dernier rapport en date du Secrétaire général sur les activités de la Mission.

« Le dialogue est en passe d'être rompu avec le groupe armé de David Yau Yau », a-t-elle prévenu, faisant allusion au chef de l'insurrection issue de la minorité ethnique des Murle, en butte aux Lou Nuer.

Ainsi, une attaque meurtrière a été perpétrée le 8 février dernier dans la localité de Walgak, où plus de 100 civils et plusieurs soldats de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) ont trouvé la mort. Les dirigeants du Soudan du Sud ont invité les jeunes de la communauté Lou Nuer à renoncer à toutes représailles, tandis que la MINUSS mène une enquête sur les violations de droits de l'homme commises lors de cette attaque. La Mission a par ailleurs établi des plans d'urgence en ce qui concerne l'État de Jonglei et exhorté le gouvernement à s'attaquer aux causes profondes de la violence.

Par ailleurs, si les relations entre le Soudan du Sud et le Soudan restent tendues, les accords signés les 8, 12 et 19 mars sur la coopération devraient conduire à une amélioration de la situation sur le terrain, a estimé Mme Johnson. « En outre, la levée de certaines mesures d'austérité, couplée au redémarrage de la production pétrolière, devrait créer un environnement propice aux progrès dans d'autres questions politiques et sécuritaires. »

Mais le Soudan du Sud est également le théâtre d'une crise humanitaire d'envergure. De nombreux réfugiés en provenance des États soudanais du Kordofan méridional et du Nil Bleu y affluent, pas moins de 14.000 nouveaux arrivants ayant été dénombrés depuis le début 2013, alors que les camps existants peinent à les accueillir.

Mme Johnson s'est également inquiétée de plusieurs arrestations arbitraires à dans le Bahr el-Ghaza, regroupement de plusieurs états situés dans l'ouest du Soudan du Sud. « J'ai demandé instamment aux autorités publiques de garantir des procès équitables », a-t-elle précisé à l'attention du Conseil, en notant la multiplication des atteintes à la liberté d'expression et des détentions arbitraires.

Malgré ces difficultés, le Soudan du Sud continue de poser les bases d'un État démocratique viable, s'est félicité la Représentante spéciale. Le mandat de la Commission nationale de révision constitutionnelle a été prorogé de deux ans afin de lui donner le temps de mener des consultations à l'échelle nationale, tandis que la réforme de la police est en cours, de jeunes recrues remplaçant des officiers plus âgés.

En janvier, des consultations nationales ont été lancées au sujet du projet de politique nationale de sécurité. Le programme de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) sera, lui, inauguré le 15 avril, a annoncé Mme Johnson, qui a salué l'engagement de l'Assemblée nationale à jouer son rôle de manière plus équilibrée.

Dans un contexte d'austérité, le gouvernement a pris des mesures pour stabiliser l'économie, en prévoyant notamment une réduction de moitié des dépenses de l'État. Mais l'aide des donateurs sera nécessaire pour combler le déficit fiscal, a-t-elle prévenu, avant de les inviter à prendre part à la Conférence de Washington D.C., qui se tiendra les 16 et 17 avril prochains afin de mobiliser des fonds à l'appui du Soudan du Sud.


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