Iraq : le gouvernement doit se mettre à l'écoute des revendications citoyennes, affirme Martin Kobler

Le Représentant spécial du Secrétaire général en Iraq, Martin Kobler, au Conseil de sécurité. Photo: ONU/Devra Berkowitz

21 mars 2013 – Les demandes de dizaines de milliers de manifestants iraquiens au sujet des droits de l'homme et de l'accès aux services de base doivent être prises en considération de toute urgence par le gouvernement de l'Iraq, a déclaré jeudi le Représentant spécial du Secrétaire général pour ce pays, prévenant des risques posés par les troubles de plus en plus nombreux observés dans les rues.

Depuis décembre dernier, des milliers d'Iraquiens des provinces de l'ouest se mobilisent pour exprimer leurs doléances. Bien que les autorités aient pris des mesures pour répondre à certaines de ces préoccupations, Martin Kobler a assuré qu'il fallait en faire davantage, en particulier s'agissant du respect des droits de l'homme.

« Les manifestants se sentent privés de protection, en proie à l'insécurité et exclus », a-t-il souligné alors qu'il présentait le dernier rapport en date du Secrétaire général Ban Ki-moon sur les activités de la Mission d'assistance des Nations Unies en Iraq (MANUI). « Partout dans le pays, nous avons écouté les frustrations exprimées par les manifestants. Leurs propos sont de plus en plus durs et les solutions qu'ils proposent radicales. »

M. Kobler a indiqué que depuis le début des manifestations, la MANUI avait cherché à promouvoir un dialogue politique inclusif et direct et la réconciliation nationale entre les manifestants et le gouvernement. Il a toutefois prévenu que la MANUI ne resterait pas neutre face aux violations des droits de l'homme.

« Un cas de torture est toujours un cas de trop. Nous nous sommes élevés contre l'usage de plus en plus marqué d'une rhétorique incendiaire. Nous avons plaidé en faveur du principe de non-violence, notamment auprès des manifestants. Nous avons appelé le gouvernement à exercer la plus grande retenue », a-t-il insisté.

« La MANUI exhorte le gouvernement à répondre aux demandes populaires qui peuvent être satisfaites à court terme et à le faire immédiatement. D'autres demandes nécessiteront davantage de temps pour être satisfaites », a noté le Représentant spécial.

Les tensions entre Chiites, Sunnites, Kurdes et d'autres communautés sont vives et menacent la cohésion nationale. Les membres de chaque groupe ethnique et social continuent d'être la cible d'attaques terroristes, d'assassinats, d'enlèvements, notamment en raison de leur conviction religieuse, a-t-il déploré.

Au total, les actes de terrorisme commis au cours de la période allant de novembre 2012 à la fin février 2013 ont coûté la vie à près de 1.300 civils. Plus de 3.090 autres ont été blessés, tandis que 591 éléments des forces de sécurité iraquiennes ont été tués et 1.002 autres blessés.

« Des terroristes cherchent à alimenter les conflits interconfessionnels et à revenir sur la stabilité naissante de l'Iraq », a assuré M. Kobler, qui n'a eu de cesse de condamner ces actes dans les termes les plus vigoureux. « J'appelle tous les dirigeants politiques et religieux du pays à s'unir pour mettre fin à cette effusion de sang. »

Ces tensions se reflètent également au niveau politique, sur fond d'affaiblissement des coalitions parlementaires, a poursuivi M. Kobler. Ces défis, auxquels viennent s'ajouter le débordement du conflit en Syrie, menace les progrès accomplis au cours de la décennie écoulée.

L'Iraq accueille actuellement près de 120.000 ressortissants syriens en quête de sécurité et d'aide humanitaire. La majorité de la population réfugiée syrienne se trouve actuellement dans la région du Kurdistan et, chaque jour en moyenne, 800 personnes arrivent dans le pays.

Evoquant ensuite la situation des opposants iraniens exilés des camps d'Achraf et d'Hurriya, M. Kobler a réitéré la nécessité de les réinstaller dans des pays tiers, seule solution durable selon lui pour garantir leur sûreté.

Il a également exprimé sa préoccupation au sujet du boycott, par certains des résidents des camps, de leurs entretiens avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au sujet de leur réinstallation, ainsi que du refus exprimé par les résidents du Camp Achraf de rejoindre le groupe se trouvant déjà au Camp Hurriya.

« J'encourage à la fois le gouvernement de l'Iraq et les résidents s'engager de manière constructive à résoudre ce problème », a exhorté le Représentant spécial. « J'en appelle également au leadership du camp à ne pas prévenir les résidents qui souhaitent quitter le camp à renoncer à le faire, à coopérer avec les autorités iraquiennes quand il s'agit de recevoir des soins médicaux et à s'abstenir de tout comportement agressif contre les observateurs des Nations Unies. »


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