Syrie : les deux parties au conflit «de plus en plus irresponsables» vis-à-vis des civils, selon la Commission d'enquête

Le Président de la Commission internationale d’enquête sur la Syrie, Paulo Pinheiro. Photo ONU/Jean-Marc Ferré

11 mars 2013 – La violence en Syrie a franchi de « nouveaux paliers de destruction », selon la Commission internationale indépendante, qui plaide de nouveau en faveur d'une solution politique à un conflit qui ne cesse de se militariser, sur fond de violences interconfessionnelles.

« Une initiative diplomatique est nécessaire de toute urgence pour mettre fin aux violences et aux souffrances de la population syrienne », a affirmé, devant le Conseil des droits de l'homme, le Président de cette Commission, Paulo Pinheiro, venu présenter son dernier rapport en date au Conseil des droits de l'homme.

« Si les acteurs nationaux, régionaux et internationaux échouent à trouver une solution au conflit et à mettre fin à l'agonie de millions de civils, l'alternative sera la destruction politique, économique et sociale de la Syrie et de sa société, avec des répercussions dévastatrices pour la région et le reste du monde », a prévenu M. Pinheiro, qui s'exprimait au nom des trois autres membres de cet organe mandaté par le Conseil.

Selon lui, « cette guerre présente tous les signes d'une impasse destructrice », où ni le gouvernement ni les forces anti-gouvernementales n'ont été capables de s'imposer jusqu'à présent sur le plan militaire, provoquant une escalade sans fin, « dans l'espoir illusoire que la victoire est à portée de main ».

Le rapport présenté par M. Pinheiro conclut notamment que la principale cause des pertes civiles, des déplacements massifs et des destructions, « est la manière irresponsable dont les deux parties au conflit se livrent aux hostilités », en recourant aveuglément notamment aux tirs d'obus et aux bombardements aériens.

« Les parties doivent prendre toutes les précautions possibles afin de protéger les civils », exhorte la Commission, réitérant le fait que les forces gouvernementales et les groupes de l'opposition armée se rendent tous deux coupables de violations du droit humanitaire international.

La mise à jour de dix pages, qui s'appuie sur 191 témoignages de première main recueillis le mois dernier, décrit « l'érosion dramatique de l'espace civil », les déplacements massifs étant exacerbés par la disparition progressive des zones où les populations peuvent encore trouver refuge.

Près de 70.000 personnes, principalement des civils, ont trouvé la mort en Syrie depuis le début de l'insurrection contre le régime du Président Bachar Al-Assad, en mars 2011, tandis qu'un million d'autres ont du fuir dans les pays voisins. En outre, deux millions de personnes sont déplacées à l'intérieur même des frontières et plus de quatre millions ont besoin d'une assistance humanitaire.

Le rapport s'alarme en particulier du fait que les personnels et établissements médicaux sont délibérément pris pour cible et assimilés à des objectifs militaires à part entière. Par ailleurs, il attire l'attention sur l'émergence des « comités populaires », formés de résidents, qui défendraient leurs quartiers contre les groupes armés anti-gouvernementaux et les gangs.

« Il s'agit d'une tendance préoccupante, des meurtres multiples ayant été commis par ces comités populaires avec parfois une dimension interconfessionnelle », écrit la Commission.

Le rapport note également qu'au moins trois massacres auraient été commis dans le gouvernorat de Homs depuis décembre 2012, soulignant que les corps des individus tués ou exécutés sont souvent profanés, brûlés ou jetés dans les cours d'eau, rendant leur identification difficile. En dépit d'un manque d'accès au pays, que lui refuse le gouvernement, la Commission est parvenue à enquêter sur une vingtaine d'allégations de massacres.

Pour M. Pinheiro, la capture et la détention, dans le Golan syrien, par les Martyrs de Yarmouk, de 21 Casques bleus de la Force des Nations Unies de la Force des Nations Unies chargée d'observer le désengagement (FNUOD), reflète la dérive du conflit.

« Si nous saluons leur libération sains et saufs, nous condamnons toutefois de tels actes odieux, qui constituent une violation flagrante du droit humanitaire international », a tranché M. Pinheiro.

En outre, le rapport dénonce le recours à des enfants-soldats, certains âgés de 13 ans, par les forces antigouvernementales à des fins opérationnelles, tandis des informations font état de garçons de moins de douze ans recrutés par les troupes gouvernementales. Il fait aussi état de violences sexuelles qui auraient été perpétrées à des points de passage ou pendant des périodes de détention.

« Un échec à résoudre ce conflit de plus en plus violent condamnerait la Syrie, la région et des millions de civils pris entre deux feux à un avenir extrêmement sombre », résume la Commission, qui exhorte toutes les parties prenantes à redoubler d'efforts pour faciliter un règlement négocié du conflit.

« La dernière initiative en date du Représentant spécial conjoint des Nations Unies et la Ligue des États arabes pour la Syrie, qui propose que l'ONU facilite des négociations entre les parties, représente une étape dans la bonne direction et mérite d'être soutenue ».

La semaine dernière, le Secrétaire général Ban Ki-moon et le Représentant spécial conjoint Lakdhar Brahimi se sont entretenus de la situation en Syrie. Ils ont réitéré le fait que l'ONU saluerait l'ouverture d'un dialogue, qu'elle serait prête faciliter, entre une délégation forte et représentative de l'opposition et des interlocuteurs crédibles du gouvernement syrien.


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