RPDC: des experts de l'ONU demandent une enquête internationale sur les camps de prisonniers politiques

Le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme en République populaire démocratique de Corée (RPDC), Marzuki Darusman. Photo ONU/Jean-Marc Ferré (Photo d'archive)

28 février 2013 – Un groupe d'experts indépendants des Nations Unies ont demandé jeudi une enquête internationale des violations des droits de l'homme en République populaire démocratique de Corée (RPDC), où des centaines de milliers de personnes, dont des familles entières, seraient incarcérés dans des camps de prisonniers politiques.

« J'appelle les États membres de l'ONU de mener une enquête des violations graves et systématiques des droits de l'homme en RPDC, et de recommander des moyens d'assurer la responsabilité pour des crimes supposés contre l'humanité », a déclaré le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme en RPDC, Marzuki Darusman, dans un communiqué de presse.

M. Darusman et les autres experts ont souligné que les informations qui émanent de la RPDC sont « d'une gravité extrême et très inquiétants » et qu'il est temps de vérifier la véracité de ces accusations grâce à une enquête internationale.

En décembre 2012, la Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, a rencontré deux survivants des camps de prisonniers politiques nord-coréens, où se trouveraient 200.000 personnes, voire plus. « Leurs histoires personnelles étaient déchirantes », a-t-elle dit. « Ils ont décrit un système qui est l'antithèse même des normes internationales des droits de l'homme. »

Les experts ont affirmé que les prisonniers n'ont pas accès aux services de santé et qu'ils survivent avec des rations alimentaires insuffisantes. Les prisonniers seraient soumis au travail forcé sept jours sur sept dans des mines ou dans des exploitations agricoles, souvent dans des conditions dangereuses.

« De nombreux prisonniers ont été déclarés coupables de crimes politiques tels que les expressions de sentiments antisocialistes, d'idéologie malsaines, ou de critiquer le gouvernement », a expliqué le Président-Rapporteur du Groupe de travail sur la détention arbitraire, El Hadji Malick Sow.

Selon les experts, jusqu'à trois générations d'une même famille peut être envoyés aux camps sur la base de la « culpabilité par association ».

Les femmes prisonnières seraient soumises à des viols ou à l'exploitation sexuelle par les gardes des camps en échange de rations alimentaires ou des tâches moins dangereuses ou pénibles. Les grossesses qui en résultent sont, selon le Rapporteur spécial de l'ONU sur la torture, Juan Mendez, souvent interrompues par des avortements forcés. La torture est courante pour enfreindre au règlement des camps ou si un détenu ne parvient pas à atteindre le quota de production fixé.

« Des tentatives de fuites seraient punis par la mort, soit par pendaison soit par fusillade, et les autres détenus seraient forcés à assister aux exécutions », a expliqué le Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Christof Heyns.

En octobre 2012, le groupe d'expert a envoyé une lettre au gouvernement de la RPDC pour demander des explications face à ces accusations accablantes et pour exprimer leur préoccupation concernant en particulier dix camps de travail pour prisonniers politiques, communément appelés « goulags ». Les experts attendent toujours une réponse du gouvernement nord-coréen.


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