L'OIT préconise le renforcement de la lutte contre le travail forcé dans le monde

Un travailleur domestique lave des vêtements à la main à New Delhi, en Inde. Photo: ILO/B. Patel

8 février 2013 – Selon un rapport publié vendredi par l'Organisation internationale du travail (OIT), il est nécessaire d'adopter des mesures plus sévères pour lutter contre le travail forcé. Selon les estimations, près de 21 millions de personnes dans le monde seraient pris au piège d'emplois qu'ils ne peuvent quitter ou de la servitude pour dette, victimes de trafic, voire nés en esclavage.

Les efforts déployés pour prévenir, identifier et poursuivre les cas de travail forcé sont souvent insuffisants, malgré les bonnes pratiques adoptées par certains États, a indiqué l'Organisation internationale du Travail dans le rapport préparé pour la réunion d'experts sur le travail forcé, avec des représentants des gouvernements, des travailleurs et des employeurs qui aura lieu du 11 au 15 février 2013 à Genève.

Les victimes du travail forcé travaillent souvent sur des sites qui ne sont pas accessibles au public, sur des bateaux de pêche et des chantiers de construction, dans l'agriculture commerciale ou dans des usines.

« Le travail forcé comprend aussi les travailleurs des briqueteries, pris dans le cercle vicieux de l'endettement, les enfants victimes de la traite et contraints de mendier et les travailleurs domestiques trompés sur la réalité de leurs conditions de travail », a indiqué l'agence onusienne dans le rapport.

La servitude pour dette, en vertu de laquelle les travailleurs et leurs familles sont obligés de travailler pour un employeur afin de rembourser les dettes qu'ils ont contractées ou dont ils ont hérité, reste une pratique courante dans certains pays.

Selon les auteurs du rapport, il subsiste des « vestiges de l'esclavage » dans certains pays où « des conditions d'esclavage continuent à se transmettre à la naissance pour des personnes qui ont l'obligation de travailler pour leur patron sans aucun salaire ».

Les travailleurs domestiques, dont une grande majorité de femmes et de jeunes filles, sont souvent victimes de pratiques abusives de la part de leur employeur, telles que le non-paiement des salaires, la privation de liberté et les sévices physiques et sexuels. Ces pratiques s'apparentent à du travail forcé.

Les travailleurs migrants sont aussi concernés par ce risque. Le rapport avertit que la traite des personnes, y compris d'enfants, à des fins d'exploitation sexuelle ou d'exploitation au travail pourrait s'amplifier à l'avenir, en raison de la mobilité croissante de la main-d'œuvre.

Cependant, selon les chiffres de l'OIT de 2012, le recours systématique de l'État au travail forcé a reculé partout dans le monde et a pratiquement disparu dans la grande majorité des pays. Les pratiques de travail obligatoire imposées par l'État représentent 10% des 21 millions de victimes du travail forcé dans le monde.

L'importance des mesures pour dissuasives contre les auteurs, pour renforcer les mécanismes d'application de la législation, pour agir sur la demande et pour réduire la vulnérabilité des victimes potentielles du travail forcé, est de plus en plus reconnue.

Mais, si la plupart des pays ont adopté une législation pour interdire le travail forcé, la sanction n'est pas toujours suffisamment sévère pour avoir un effet dissuasif, se limitant dans certains cas à des amendes ou à de très courtes peines d'emprisonnement.