OMS: un pays sur deux ne parvient pas à prévenir et prendre en charge les patients atteints de cancers

Un panneau de signalisation à l’Institut de cancérologie d’Ocen Road, à Dar es Salaam, en Tanzanie, qui indique les différents services de ce centre hospitalier. Photo: OMS/Chris de Bode

4 février 2013 – Plus de la moitié des pays du monde ont du mal à prévenir les cancers et dispenser un traitement et des soins chroniques aux malades atteints d'un cancer, révèle une enquête menée par l'Organisation mondiale de la santé à l'occasion de la Journée mondiale contre le cancer, observée chaque année le 4 février.

Cette situation est due, dans les pays concernés, à l'absence d'une stratégie nationale de lutte contre le cancer qui englobe à la fois les volets de prévention, de détection précoce, de traitement et de soins. Il est urgent, plaide l'OMS, d'aider ces pays à réduire la mortalité associée à ce fléau et de fournir traitements et soins appropriés sur le long terme pour éviter les souffrances et sauvegarder simultanément le développement socioéconomique.

Le cancer est l'une des causes majeures de décès dans le monde : 7,6 millions de personnes en sont mortes en 2008 et l'on diagnostique chaque année près de 13 millions de nouveaux cas. Plus des deux tiers de ces nouveaux cas et des décès surviennent dans les pays en développement, où l'incidence du cancer augmente à une vitesse alarmante.

L'enquête conclut en outre qu'un tiers de tous les décès par cancer actuellement sont imputables à des facteurs de risque évitables comme le tabagisme, l'obésité, l'usage nocif de l'alcool et diverses infections. De nombreux types de cancer comme ceux du sein, du col utérin et colorectal, s'ils sont décelés tôt, peuvent être guéris.

« Nulle part au monde le cancer ne doit plus être une condamnation à mort, car nous disposons de moyens éprouvés pour prévenir et guérir un grand nombre de ses formes », affirme le Dr Oleg Chestnov, qui est le Sous-Directeur général chargé des maladies non transmissibles et de la santé mentale à l'OMS.

« Pour limiter l'exposition aux facteurs de risque et faire en sorte que tous les malades aient accès aux soins et traitements appropriés, des programmes complets de lutte contre le cancer sont nécessaires dans tous les pays », explique-t-il.

L'enquête menée sur les capacités nationales de lutte contre les maladies non transmissibles, qui s'appuie sur les réponses fournies par 185 pays, révèle d'importantes lacunes dans la planification de la lutte contre le cancer. Même si certains de ces pays ont élaboré des plans ou politiques, nombre d'entre eux ont du mal à passer à l'action. Souvent, ces stratégies ne sont pas intégrées aux plans sanitaires et de développement existant au niveau international. En outre, de nombreux pays ne possèdent pas les capacités institutionnelles ni le leadership décisif qui assureraient un financement suffisant de la lutte contre le cancer au niveau national. Ainsi, à peine 17% des pays africains et 27% des pays à faible revenu se sont dotés de plans de lutte contre le cancer assortis d'un budget de mise en œuvre.

Par ailleurs, moins de 50 % des pays disposent de registres de patients, pourtant essentiels pour collecter des informations de qualité sur le nombre et le type des cancers, à partir desquelles il est possible de concevoir des politiques nationales efficaces de lutte contre le cancer, de les mettre en œuvre puis de les évaluer.

Récemment, l'engagement politique des dirigeants du monde entier pour s'attaquer au cancer a pris de l'ampleur et s'est traduit par des discussions au niveau national pour financer les traitements et les soins que nécessite le cancer par une augmentation des taxes sur le tabac et l'alcool, deux facteurs de risque connus.

Pour permettre aux États Membres d'évaluer leur fardeau du cancer et de recueillir des données fiables, le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) – l'organe de recherche sur le cancer de l'OMS –, a lancé l'Initiative mondiale pour le développement des registres du cancer dans les pays à revenus faibles et intermédiaires (GICR), soutenue par de nombreux partenaires internationaux, régionaux et nationaux.

« Cette initiative vient principalement épauler les pays qui n'ont pas les ressources nécessaires pour lutter efficacement contre un fardeau en rapide augmentation », souligne le Directeur du CIRC, le Dr Christopher Wild. « Disposer de données actualisées sur l'incidence du cancer permettra aux gouvernements de tirer le meilleur parti de leurs ressources limitées et de cibler les fonds et activités prioritaires ».

Les registres du cancer aideront aussi les pays à mesurer l'un des indicateurs fixés par l'accord cadre de l'OMS de surveillance mondiale pour la prévention et la lutte contre les maladies non transmissibles. Ce cadre, qui sera mis aux voix en mai prochain par les États Membres lors de l'Assemblée mondiale de la Santé, comprend neuf objectifs mondiaux et 25 indicateurs de prévention et de lutte contre les principales maladies non transmissibles, dont le cancer.

Il encourage les gouvernements à mesurer l'incidence du cancer et la disponibilité d'interventions vitales comme le dépistage du cancer du col utérin, la vaccination contre l'hépatite B et le virus du papillome humain (VPH), ainsi que les soins palliatifs pour les patients atteints de cancer. En outre, ce cadre favorise aussi la surveillance de certains grands facteurs de risque de cancer tels que le tabagisme, l'usage nocif de l'alcool et une mauvaise alimentation.

Lors d'une manifestation qui s'est tenue lundi à Vienne, en Autriche, pour marquer la Journée mondiale de lutte contre le cancer, le Directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Yukiya Amano, a fait part des efforts déployés par l'Agence dans le cadre de son Programme d'action pour le traitement du cancer afin de rendre disponibles des services de radiothérapie dans tous les pays. A l'heure actuelle, 130 projets bénéficient de l'appui de l'AIEA en matière de diagnostics, d'encadrement des patients et de traitements.

Par ailleurs, au cours des 30 dernières années, l'Agence a versé plus de 260 millions de dollars à l'assistance aux pays en développement, a indiqué M. Amano.


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