Égypte : Pillay appelle les parties à s'engager dans un dialogue et à renoncer à l'usage de la force

Des manifestants au Caire, Egypte.

29 janvier 2013 – La Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme a exhorté mardi toutes les parties en Égypte à s'engager dans un dialogue et à renoncer à l'usage excessif de la force, alors que le pays est secoué par cinq jours consécutifs de manifestations, au cours desquelles des dizaines de personnes ont trouvé la mort.

« Comme les évènements tragiques des derniers jours l'ont montré, l'Égypte demeure extrêmement fragile et instable et j'exhorte le gouvernement à faire un effort supplémentaire pour trouver un terrain d'entente et à lancer des actions concrètes afin de répondre à des préoccupations d'ordre public », a déclaré Mme Pillay dans un communiqué de presse.

« Il est indispensable de renforcer la participation au niveau national et l'appropriation des réformes constitutionnelles, institutionnelles, économiques et juridiques. Chaque opportunité manquée pour atteindre le consensus et chaque occurrence d'usage excessif de la force par les forces de sécurité ne font qu'aggraver une situation déjà extrêmement tendue et volatile. »

D'après les médias, des dizaines de personnes ont été tuées et plus de 1.000 autres blessées lors de manifestations contre le Président Mohammed Morsi. Elles coïncidaient avec le second anniversaire de la révolution égyptienne, qui a mis fin en 2011 au régime de Hosni Moubarak et ouvert une période de transition dans le pays.

Dimanche, M. Morsi a déclaré l'état d'urgence et instauré un couvre-feu de 30 jours dans les districts d'Ismaïlia, de Suez et de Port-Saïd.

Mme Pillay a appelé le gouvernement à repenser de toute urgence sa réponse au soulèvement, qui se borne pour le moment à un usage excessif de la force et à un échec complet à protéger les populations, en particulier les femmes.

Toutes les parties doivent s'abstenir de recourir à la violence et résoudre leurs divergences pacifiquement, sans compromettre les droits à la liberté d'expression et de rassemblement pacifiques, a souligné la Haut Commissaire. Selon le Haut Commissariat, 25 manifestantes environ ont été attaquées Place Tahrir au cours des derniers jours, parfois avec une brutalité inouïe.

« Il a y a eu plusieurs incidents attaques sexuelles avérées à Tahrir au cours des 18 derniers mois », a affirmé Mme Pillay. « Je déplore le fait que des violences sexuelles puissent se produire manifestement en toute impunité dans un lieu public et l'échec des autorités à prévenir de telles attaques où à lancer des poursuites judiciaires contre les centaines d'hommes responsables d'actes aussi abjects. »

Mme Pillay a exhorté le gouvernement à prendre des mesures pour veiller à ce que les forces de l'ordre ne fassent pas un usage disproportionné de la force contre les manifestants. Elle a simultanément appelé à l'ouverture immédiate d'enquêtes sur les derniers incidents ainsi qu'à réexaminer les tactiques policières dans le cadre des manifestations. L'état d'urgence devrait également être instauré dans le respect de l'état de droit et des normes internationales des droits de l'homme, a-t-elle ajouté.

Tout en saluant l'appel au dialogue lancé lundi par M. Morsi, la Haut Commissaire a affirmé que le Président devait se montrer à l'écoute des manifestants, se pencher sur les causes profondes du mécontentement, répondre aux préoccupations de l'opposition en ce qui concerne la Constitution et prendre des mesures immédiates en vue de résoudre les nombreux problèmes qui minent le système judiciaire actuel. »

La chef des droits de l'homme à l'ONU a enfin défendu la nécessité d'impliquer toutes les parties prenantes dans l'examen du projet de loi sur les manifestations et le droit d'association, soulignant l'importance cruciale de garantir l'accès à l'information publique. « Toutes ces questions sont d'une importance fondamentale si l'Égypte veut retrouver le chemin de la stabilité et de l'unité nationales », a-t-elle insisté.


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