L'agriculture syrienne dévastée par deux ans de conflit, selon la FAO

Une famille de Syriens déplacés dans la banlieue de Sanoura, près de Damas. Photo: OCHA/David Gough

23 janvier 2013 – Au terme d'une mission de cinq jours en Syrie, un groupe d'experts des Nations Unies a prévenu que près de deux ans de conflit avait réduit en lambeaux le secteur agricole de ce pays. La production de céréales, fruits et légumes y a chuté de moitié pour certains produits tandis que les infrastructures ont subi des destructions massives, notamment les canaux d'irrigation.

La mission, qui s'est déroulée du 18 au 22 janvier en coordination avec le gouvernement syrien et l'opposition, s'est rendue dans plusieurs zones sinistrées de la région de Damas et des gouvernorats de Homs et Deraa. Elle était composée de responsables de sept agences humanitaires onusiennes, placées sous la supervision du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

« Ses membres ont été frappés par le sort du peuple syrien, dont la résilience s'est considérablement érodée après 22 mois de crise », relate dans un communiqué de presse le Directeur de la Division des urgences et de la réhabilitation de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), Dominique Burgeon, qui a pris part à la mission.

« La destruction des infrastructures dans tous les secteurs est considérable et il est évident que plus le conflit durera, plus la réhabilitation prendra du temps », précise-t-il. Sur les 10 millions de Syriens qui vivent en zones rurales, soit 46% de la population, 80% dépendent de l'agriculture.

La production de blé et d'orge a chuté l'an dernier à moins de deux millions de tonnes, contre 4 à 4,5 millions de tonnes en temps normal. Quant à la production de légumes, elle a décliné de 60% dans le gouvernorat de Homs, celle des olives de 40% dans le gouvernorat de Deraa.

À peine 45% des agriculteurs ont pu récolter la totalité de leurs cultures céréalières, tandis que 14% ont expliqué qu'ils avaient été empêchés de récolter du fait de l'insécurité et des pénuries de carburant.

Les agriculteurs souffrent du manque d'accès aux intrants agricoles, notamment les semences de qualité et les engrais. Des problèmes d'irrigation se posent, suite aux dégâts subis par les canaux d'irrigation principaux, en particulier à Homs, et du fait des pénuries de carburant qui paralysent les pompes d'irrigation.

En outre, la transhumance des troupeaux vers les zones de pâturage n'a pas été possible et la survie du bétail est compromise par les pénuries de fourrage et de produits vétérinaires dont l'importation est entravée par les sanctions.

« Il ressort des discussions avec les ONG et les agronomes du ministère de l'agriculture et de la réforme agraire que l'agriculture syrienne - conditions de sécurité aidant - a un rôle important à jouer pour aider les gens à rester sur leurs terres et se procurer des revenus pour faire face à leurs besoins les plus urgents », a indiqué M. Burgeon.

« Toutefois, le secteur agricole a besoin d'une assistance urgente en termes de semences, engrais, fourrage, produits vétérinaires, volailles et réhabilitation des infrastructures d'irrigation », a-t-il souligné.

Parallèlement, la Coordonatrice des secours d'urgence des Nations Unies, Valerie Amos, qui, la semaine dernière, a informé le Conseil de sécurité des conditions humanitaires catastrophiques en Syrie, a de nouveau tiré la sonnette d'alarme à Davos, en Suisse, où se déroule actuellement le Forum économique mondial.

Reprenant à son compte les conclusions de la mission interagences, Mme Amos a confirmé que les responsables onusiens qui se sont rendus sur place avaient été choqués par ce qu'ils avaient vus. « Ils sont très clairs quant à l'impact terrible qu'ont eu sur les populations, en particulier les enfants, près de deux ans de conflit. »

« Je le répète : quatre millions de personnes ont besoin d'aide, deux millions sont déplacés et entre 400.000 et 500.000 réfugiés palestiniens ont également été touchés par la crise », a-t-elle rappelé.

Selon elle toutefois, en dépit d'un environnement dangereux, les partenaires humanitaires sont en mesure de faire une différence dans la vie des populations en détresse. « Mais ce n'est pas suffisant, en particulier alors que nous ne pouvons pas nous aligner sur le nombre toujours grandissant de nécessiteux. »

« Nous avons besoin de davantage de personnels, de partenaires et nous devons distribuer l'aide plus rapidement », a ajouté Mme Amos, notant que la communauté humanitaire avait lancé un appel d'un montant de 1,5 milliard de dollars pour venir en aide aux personnes déplacées et à leurs communautés d'accueil en Syrie et dans les pays voisins pour les six prochains mois.

Prévue le 30 janvier au Koweït, la conférence des donateurs pour l'aide humanitaire en Syrie sera présidée par le Secrétaire général Ban Ki-moon et l'émir de ce pays. « Nous espérons qu'elle sera en mesure de mobiliser les ressources dont nous avons besoin », a dit Mme Amos.


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