Devant le Conseil de sécurité, un responsable onusien plaide pour une approche holistique de la crise au Mali

Le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, Jeffrey D. Feltman, s’adresse au Conseil de sécurité. ONU Photo/Devra Berkowitz

22 janvier 2013 – Un succès au Mali passe par une action militaire vigoureuse, mais aussi par la résolution des problèmes politiques et de la crise humanitaire qui sévit dans ce pays, a estimé mardi le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, Jeffrey Feltman, devant le Conseil de sécurité, réuni pour s'informer de l'état d'avancement du déploiement d'une force d'intervention africaine.

Il y a environ un mois, le Conseil de sécurité avait autorisé le déploiement de la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (MISMA), chargée d'aider les autorités maliennes à reprendre le nord du pays aux groupes islamistes armés qui en ont pris le contrôle il y a presque un an. Autorisé par le Conseil, l'appui prêté par l'armée française aux forces maliennes précède celle de la MISMA, en cours de constitution.

« Alors que nous recherchons des solutions pour le Mali, a dit M. Feltman, « n'oublions pas que les facteurs inhérents à l'effondrement, il y a dix mois, d'un des piliers de la démocratie en Afrique de l'Ouest et à l'occupation de la moitié du pays, sont très profonds. »

Les solutions ne seront pas simples et le succès de la communauté internationale pour aider le Mali à restaurer la démocratie et reconquérir son territoire de façon durable dépendra aussi de la « hauteur de vue » et du « caractère exhaustif » de sa réponse, a plaidé le chef du bras politique des Nations Unies.

Le déploiement des troupes de la MISMA et des officiers d'État major a débuté le 18 janvier 2013, a précisé le Secrétaire général adjoint. Le 20 janvier, 855 soldats avaient été déployés depuis le Bénin, le Nigéria, le Sénégal et le Togo, alors qu'un bataillon complet du Niger est désormais présent le long de sa frontière avec le Mali.

Il semble selon M. Feltman qu'un consensus prévale parmi les acteurs principaux réunis à Bamako, selon que le niveau de la force, initialement estimé à 3.300 hommes, soit revu à la hausse. Les membres du Conseil de sécurité doivent examiner dans le détail les trois propositions faites par le Secrétaire général pour financer la MISMA.

Par ailleurs, le 19 janvier 2013, a indiqué M. Feltman, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a tenu un somment extraordinaire à Abidjan pour hâter le déploiement des forces africaines. Ses États membres ont exhorté l'ONU à fournir immédiatement l'appui logistique et financier nécessaire au déploiement de la MISMA. Le lendemain, des troupes nigérianes en route vers le Mali ont été attaquées par les extrémistes de Boko Haram, provoquant la mort de trois soldats.

Le gouvernement malien a reconnu la nécessité de voir avancer de concert les processus politiques et militaires, a noté M. Feltman. Les autorités ont dit souhaiter une présence discrète de l'ONU à Bamako qu'elle pourrait consulter à tout loisir, estimant aussi qu'un processus de consultation plus vaste ne pourrait avoir lieu que lorsque l'autorité de l'État aura été rétablie dans le nord du pays.

Faisant le point sur la situation humanitaire, le Secrétaire général adjoint a fait état d'une hausse du taux de malnutrition provoquée par les affrontements entre forces maliennes et françaises et groupes radicaux armés. Les quelques ONG actives dans le nord du Mali signalent que la région est de plus en plus isolée, parce que les voies d'approvisionnement de l'Algérie et du Sud du mali sont coupées.

Après avoir rappelé que la Cour pénale internationale (CPI) venait d'ouvrir des enquêtes sur des allégations de crimes de guerre commis au Mali depuis janvier 2012, M. Feltman a appelé les parties à garder à l'esprit que la politique de diligence en matière de droits de l'homme s'appliquait aussi aux opérations militaires menées sous l'égide de l'ONU.

« Nous ne pourrons régler la crise au Sahel sans régler définitivement celle qui sévit au Mali », a-t-il insisté, prévenant que l'option militaire ne serait pas suffisante à permettre la mise d'une solution durable pour le Mali.


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