Des expertes de l'ONU demandent des garanties pour l'avancement des droits des femmes en Tunisie

Kamala Chandrakirana, Présidente du Groupe de travail des Nations Unies sur la discrimination à l’égard des femmes dans la législation et dans la pratique. Photo/ Jean-Marc Ferré

14 janvier 2013 – Le Groupe de travail des Nations Unies sur la discrimination contre les femmes dans la législation et dans la pratique a appelé lundi la Tunisie à inscrire des dispositions plus vigoureuses dans la nouvelle Constitution afin de lutter contre les inégalités entre hommes et femmes afin d'accélérer la pleine participation des femmes à la vie sociale.

« Bien que l'égalité entre hommes et femmes soit reconnue, l'interdiction de la discrimination, y compris sur la base du sexe, n'est pas articulé dans le deuxième projet de la nouvelle Constitution, qui pêche également par manque de dispositions sur le droit à un recours », a déclaré la Présidente du Groupe de travail, Kamala Chandrakirana, au terme d'une mission de cinq jours en Tunisie.

La nouvelle Constitution est considérée comme un moyen de remédier à des injustices et des inégalités du passé, de garantir les gains existants et de faire progresser la justice, la démocratie et les droits de l'homme, y compris les droits des femmes en Tunisie.

Cependant, le projet de texte à l'étude ne parvient pas à se conformer aux obligations internationales relatives aux droits de l'homme que la Tunisie s'est pourtant engagée à respecter. En outre, ce projet omet de mentionner l'universalité, l'indivisibilité et l'interdépendance des droits de l'homme, qui sont cruciaux pour s'assurer que les futures réformes ne menaceront pas les gains législatifs, en particulier ceux des droits des femmes.

Représenté par Mmes Chandrakirana et Eleonora Zielinska, le Groupe de travail s'inquiète aussi que ce projet ne précise pas les sphères de la vie dans lesquelles le droit à l'égalité est garanti – publique et privée. En ce qui concerne les droits des femmes spécifiquement, il n'y a aucune précision quant aux différents droits auxquelles elles peuvent prétendre, qu'ils soient civils, politiques, économiques, sociaux ou culturels.

Les deux expertes ont donc recommandé que la Constitution prévoie l'adoption de mesures temporaires spéciales visant à accélérer la participation des femmes à toutes les sphères de la vie. Une telle inclusion aurait aussi l'avantage de clarifier la nouvelle disposition sur l'égalité des chances entre hommes et femmes.

« Les femmes rurales doivent faire partie intégrante des réformes historiques que connaît le pays. Quotidiennement, les femmes rurales travaillent à l'extérieur comme travailleurs occasionnels dans l'agriculture ou en tant que domestiques dans des résidences privées, acceptant des conditions de travail déplorables et dégradantes, avec des salaires très bas ou sans rémunération aucune », ont déploré les deux expertes indépendantes de l'ONU.

« Sans mesures spéciales pour répondre à la marginalisation de ces femmes, la Tunisie ne sera pas capable de réaliser pleinement ses propres aspirations révolutionnaires de dignité, liberté et justice », ont-elles prévenu.

Le Groupe de travail encourage donc le gouvernement, au niveau central, régional et local, ainsi que les organisations de la société civile, à venir en aide à ces femmes qui doivent pouvoir devenir des citoyennes à part entière dotées du droit de participer pleinement à la politique et à la vie publique de leur pays.


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