Syrie : l'Envoyé de l'ONU et de la Ligue arabe fait part d'options limitées pour parvenir à une sortie de crise

Le Représentant spécial conjoint des Nations Unies et de la Ligue des États arabes en Syrie, Lakhdar Brahimi. Photo: ONU/Mark Garten

31 décembre 2012 – « Je suis incapable de voir une issue en dehors des deux possibilités suivantes : soit une solution politique qui réponde à leurs aspirations légitimes est acceptée de tous les Syriens, soit la Syrie se transforme en enfer. »

Ces propos ont été tenus par le Représentant spécial conjoint pour les Nations Unies et la Ligue des États arabes pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, lors d'une conférence de presse donnée dimanche au Caire, dernière étape d'une série de déplacements au Moyen-Orient et ailleurs, dans le cadre des efforts qu'il déploie afin de trouver une solution politique négociée pour mettre fin au conflit qui déchire ce pays.

« Les gens parlent d'une Syrie divisée en une myriade de petits états à la manière de la Yougoslavie. Absolument pas ! Ce n'est pas ce qui va se passer. Ce qui va se passer, c'est une 'somalisation' du pays, avec l'émergence de chefs de guerre et un peuple syrien persécuté […] », a prévenu M. Brahimi.

Avant de se rendre dans la capitale égyptienne, l'émissaire était allé samedi à Moscou, où il s'était entretenu avec le Ministre des affaires étrangères russe, Sergey Lavrov. La semaine dernière, il était à Damas, pour une entrevue avec le Président syrien Bachar Al-Assad. La venue de M. Brahimi au Caire était destinée à informer le Secrétaire général de la Ligue arabe des conclusions de ses pourparlers.

Le conflit syrien aurait fait au moins 20.000 morts depuis le début des hostilités entre forces gouvernementales et groupes d'opposition. Selon l'ONU, la situation humanitaire dans le pays et la région ne cesse de se détériorer, avec désormais deux millions de personnes déplacées à l'intérieur des frontières et plus de 540.000 réfugiés dans les pays voisins. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a récemment prévenu que ce dernier chiffre devrait doubler d'ici à juin 2013. On estime au total à cinq millions le nombre de Syriens en détresse, dont la moitié sont des enfants.

Devant les journalistes, Lakdhar Brahimi a réitéré sa confiance en une solution politique à la crise, soulignant que le choix à faire réside entre cette option ou l'effondrement pur et simple de l'état syrien, se référant à maintes reprises au Communiqué dit de Genève, qui pourrait former selon lui le socle d'un processus de paix.

Conclu à la fin du mois de juin et soutenu par les Nations Unies, le communiqué du Groupe d'action sur la Syrie appelle à l'établissement d'une autorité de transition, dotée des pleins pouvoirs exécutifs, dans le cadre d'une transition politique menée par les Syriens eux-mêmes. Le Communiqué engage également toutes les parties en faveur d'une cessation des violences armées et à l'application du plan de paix en six points.

Le Groupe d'action est composé des Secrétaires généraux de l'ONU et de la Ligue des États arabes, des Ministres des affaires étrangères des cinq membres permanents du Conseil de sécurité – Chine, Fédération de Russie, France, Royaume-Uni et États-Unis –, ainsi que celui de la Turquie et de la Haut Représentante des affaires étrangères de l'Union européenne. Les Ministres des affaires étrangères de l'Iraq, du Koweït et du Qatar sont également membres de ce groupe en raison de leur rôle au sein de la Ligue des États arabes.

Le Représentant spécial conjoint a déclaré qu'un cessez-le-feu devait être imposé et respecté, suivi de la formation d'un gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs exécutifs jusqu'à ce que les conditions soient réunies pour la tenue d'élections.

« Quelles élections ? Et quand auront-elles lieu? Il s'agit soit d'élire un président – s'il devait y avoir un accord pour conserver un régime de type présidentiel– soit, plus probablement, un parlement, parce que je pense que les Syriens ne voudront pas d'un régime présidentiel à l'avenir, comme celui qui est en place depuis maintenant quarante ans », a poursuivi l'envoyé de l'ONU et de la Ligue arabe.

« Dans un tel cas de figure, un parlement et un gouvernement seraient élus, la Syrie pourrait commencer de panser ses plaies et […] les communautés internationale et régionale aideraient les Syriens à résoudre leurs problèmes et à reconstruire leur pays. »

« Tout ceci, nous en avons parlé en Syrie et à Moscou et nous en parlons toujours avec les États-Unis et la Fédération de Russie. Vous savez que je me suis entretenu récemment avec Hillary Clinton et Sergey Lavrov et leurs aides », a précisé M. Brahimi. « Si Dieu le veut, nous poursuivrons nos contacts, notre coopération et nos réunions afin de parvenir à cette solution pacifique nécessaire de toute urgence. »

Lors de cette conférence de presse, il a toutefois relevé une fois de plus l'absence de volonté manifeste de la part des autorités et de l'opposition syriennes de s'engager dans un processus politique. Aussi considère-t-il que le soutien de la communauté internationale est indispensable à cette fin.

« Le problème, c'est que les deux parties ne se parlent pas et parlent l'une par-dessus l'autre. C'est là qu'une aide est nécessaire de l'extérieur pour faire en sorte que tout le monde parle bien de la même chose », a préconisé M. Brahimi, qui a également nié avoir dit, directement ou indirectement, que le Président Al-Assad devrait continuer d'assumer ses fonctions dans le cadre d'une solution politique.

Le Représentant spécial conjoint a souligné de nouveau l'importance d'une implication de la communauté internationale, compte-tenu des risques sécuritaires que la fragmentation éventuelle de la Syrie pourrait poser dans l'ensemble de la région.

« Qu'arrivera-t-il au Liban si un demi-million de Syriens se réfugient dans ce pays ? Que passera-t-il en Jordanie si un demi-million de Syriens se réfugient dans leur pays ? », s'est-il interrogé.

Par conséquent, la responsabilité des pays de la région ne découle pas simplement selon lui du devoir de solidarité vis-à-vis du peuple syrien : c'est une responsabilité de défendre la sécurité des pays de la région », a-t-il continué. « C'est une responsabilité qui incombe à la communauté internationale toute entière. »

« La paix et la sécurité mondiales seront en danger si le problème syrien n'est pas résolu dans les mois à venir », a-t-il assuré en conclusion.


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