Syrie : inquiétudes grandissantes de l'ONU autour de la dimension intercommunautaire de plus en plus marquée du conflit

Des enfants syriens devant une tente du HCR, dans le camp de réfugiés de Za’atri, situé en Jordanie. Photo: HCR/M. Abu Asaker

21 décembre 2012 – Le Conseiller spécial pour la prévention du génocide et des atrocités massives a prévenu jeudi des risques de plus en plus élevés de violences intercommunautaires en Syrie, lançant un appel à toutes les parties au conflit pour qu'elles s'abstiennent de prendre pour cibles des individus ou des groupes sur la base de l'appartenance ethnique ou religieuse.

« Je suis profondément préoccupé de constater que des communautés entières risquent de payer le prix de crimes commis par le gouvernement syrien », a indiqué Adama Dieng dans un communiqué de presse publié hier soir.

Alors que la situation en Syrie ne cesse de se détériorer, il existe un risque de plus en plus prononcé que des communautés civiles, notamment les alaouites et d'autres minorités associées à tort ou à raison au gouvernement, à ses forces de sécurité, à ses milices et à ses alliés soient victimes de représailles à grande échelle », a-t-il ajouté.

Selon les estimations de l'ONU, plus de 20.000 personnes, principalement des civils, ont trouvé la mort en Syrie depuis le début du soulèvement contre le régime du Président Al-Assad l'an dernier. L'ONU estime à quatre millions le nombre de Syriens qui nécessitent une assistance humanitaires dans le pays et à plus d'un demi-million le nombre de ceux qui se sont réfugiés dans les pays voisins.

Les commentaires de M. Dieng font suite à la publication des conclusions de la Commission internationale indépendante d'enquête sur la Syrie, qui souligne la nature de plus en plus intercommunautaire des violences au cours des trois derniers mois.

Selon elle, les forces gouvernementales et les milices qui les soutiennent attaquent des civils sunnites tandis que des informations font état de groupes armés antigouvernementaux s'en prenant à des alaouites et à d'autres communautés minoritaires progouvernementales, dont des catholiques, Arméniens orthodoxes et druzes.

D'autres communautés minoritaires, notamment des chrétiens, des Kurdes et des Turkmènes, ont également été prises au piège du conflit et, dans certains cas, contraints de prendre les armes pour se défendre ou de prendre parti.

« J'exhorte toutes les parties au conflit à respecter le droit humanitaire international et les droits de l'homme, qui interdisent de prendre pour cible des individus ou des groupes d'individus sur la base de considérations religieuses ou ethniques, ainsi que les attaques contre des civils qui ne prennent pas directement part aux hostilités », a poursuivi le Conseiller spécial.

Il a également demandé à tous les acteurs concernés de condamner les appels à la haine qui pourraient constituer une incitation à la violence contre des communautés, sur la base de leur affiliation religieuse, ce qui, par le passé, a débouché sur des violations massives et très graves des droits de l'homme et du droit humanitaire international.

Notant que le gouvernement syrien « échoue manifestement à protéger son peuple », le Conseiller spécial a jugé que la communauté internationale devait agir sans tarder, en s'appuyant sur l'engagement pris par les chefs d'État et de gouvernement lors du Sommet mondial de 2005 de protéger les populations des génocides, crimes de guerre nettoyages ethniques et crimes contre l'humanité, y compris contre l'incitation à commettre de tels actes.

« Je réitère également les appels à la communauté internationale pour que le Conseil de sécurité renvoie la situation en Syrie devant la Cour pénale internationale (CPI) et souligne l'importance de prendre dès maintenant des mesures en vue de faciliter les futurs processus de justice transitionnelle dans le pays, avec pour objectifs de prévenir les actes de représailles, de promouvoir la réconciliation et de restaurer justice et dignité parmi toutes les communautés», a conclu M. Dieng.


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