L'économie mondiale court le danger de connaître une nouvelle récession, selon l'ONU

Robert Vos, Directeur de la Division de l’analyse des politiques de développement au sein du DESA. Photo: ONU/Eskinder Debebe

18 décembre 2012 – La croissance de l'économie mondiale s'est considérablement ralentie au cours de l'année 2012 et devrait rester « anémique » au cours des deux prochaines années, conclut le tout dernier rapport en date du Département des affaires économiques et sociales (DESA), paru mardi.

L'économie mondiale devrait connaître une croissance de 2,4% en 2013 et de 3,2% en 2014, ce qui représente une baisse importante par rapport aux prévisions de l'ONU d'il y a six mois. Ce type de croissance ne suffira manifestement pas à surmonter la crise de l'emploi que tant de pays traversent encore, prévient cette

publicationphare, intitulée « Situation et perspectives de l'économie mondiale en 2013 ».

« Si l'on tient compte des politiques actuelles et des tendances de croissance, il faudra sans doute au moins cinq ans avant que l'Europe et les États-Unis ne compensent les pertes d'emplois causées par la Grande Récession de 2008-2009 », prédit le rapport.

Les faiblesses des principales économies développées sont à l'origine du ralentissement de l'activité économique mondiale. Le rapport montre que la plupart d'entre elles, en particulier en Europe, sont prises dans un cercle vicieux, où l'austérité budgétaire affaiblit une croissance déjà trop lente, renforçant ainsi le chômage élevé, la fragilité du secteur financier fragile et les risques liées à la dette souveraine.

Plusieurs économies européennes sont déjà en récession, de même que l'ensemble de la zone euro, où le chômage a encore augmenté pour atteindre le chiffre record de près de 12% cette année. En outre, l'économie américaine a nettement ralenti au cours de l'année 2012 et sa croissance ne devrait pas dépasser un faible 1,7% en 2013, tandis que le Japon connaît toujours des conditions déflationnistes.

Les difficultés économiques de l'Europe, du Japon et des États-Unis ont des répercussions sur les pays en développement, à travers une demande plus faible pour leurs exportations et une volatilité accrue des flux de capitaux et des prix des matières premières.

De plus, les grandes économies en développement ont également des problèmes internes, car certaines, notamment la Chine, font face à un net affaiblissement des investissements, en raison des difficultés financières de certains secteurs et des capacités de production excédentaires de certains autres.

La plupart des pays à faible revenu s'en sortent relativement bien pour le moment, mais vont avoir à souffrir des retombées négatives du ralentissement économique tant dans les pays développés que dans ceux à revenu moyen. Les perspectives pour les deux prochaines années restent médiocres, car empreintes d'incertitudes majeures et de risques baissiers.

Pour Rob Vos, maître d'œuvre du rapport, « une détérioration de la crise de l'euro, la 'falaise budgétaire' aux États-Unis et un atterrissage brutal de la croissance en Chine pourraient entraîner une nouvelle récession mondiale. Chacun de ces risques pourrait à lui seul provoquer des pertes économiques se montant entre 1 à 3% de la production mondiale. »

Selon les auteurs du rapport, il est essentiel de « redresser la barre en matière de politique budgétaire » et de « se focaliser non plus sur une consolidation à court terme mais sur une croissance économique robuste avec une viabilité budgétaire à moyen et long terme ». Il s'agit d'éviter toute austérité budgétaire prématurée, et si nécessaire qu'il soit, « l'assainissement des finances publiques devrait se faire à travers des ajustements à moyen plutôt qu'à court terme ».

Le rapport insiste également sur la nécessité de coordonner la réorientation des politiques budgétaires au niveau international afin de les ajuster aussi bien que possible avec des politiques structurelles qui encouragent la création directe d'emplois et la croissance verte. Il recommande en outre une meilleure coordination internationale des politiques monétaires et une réforme accélérée de la réglementation des secteurs financiers, afin d'endiguer la volatilité des taux de change et des mouvements de capitaux, car ceux-ci plombent les perspectives économiques des pays en développement.

Il est tout aussi nécessaire de garantir une aide au développement suffisante pour aider les nations les plus pauvres à progresser plus rapidement dans la réalisation de leurs objectifs de réduction de la pauvreté et à investir dans le développement durable.

Constatant que l'aide au développement est en baisse, le rapport de l'ONU note enfin que non seulement l'austérité budgétaire pratiquée par les pays donateurs nuit à leur propre reprise économique, mais qu'elle ne devrait en aucun cas se faire au détriment des tentatives de développement des nations les plus pauvres.


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