Le Conseil de sécurité prie l'ONU de finaliser la stratégie intégrée pour le Sahel

La relation entre changements climatiques, migrations et conflits demeure très complexe dans la région du Sahel. Photo PNUE

10 décembre 2012 – Préoccupé par l'insécurité et la grave crise humanitaire qui continuent de sévir au Sahel, le Conseil de sécurité a demandé lundi au Secrétaire général et à son Envoyé spécial Romano Prodi « de mettre la dernière main, dans les meilleurs délais, à la stratégie intégrée de l'ONU pour la région du Sahel », qui devra englober les questions sous-jacentes de gouvernance, de sécurité, de droits de l'homme, de développement et humanitaires.

Touchées par des sécheresses récurrentes et une insécurité alimentaire « chronique et structurelle », le Sahel doit également compter avec la présence de groupes armés, y compris de mouvements séparatistes et de réseaux terroristes et criminels, notamment Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), sur fond de prolifération continue d'armes.

Ainsi, en avril dernier, après des combats entre forces gouvernementales et rebelles touaregs, des islamistes radicaux ont pris le contrôle du nord du Mali, imposant une version extrême de la charia, ainsi que des restrictions, qui visent les femmes en particulier.

C'est en adoptant une déclaration présidentielle, lue par le Représentant permanent du Maroc auprès des Nations Unies, Mohamed Loulichki, que le Conseil de sécurité a renouvelé son appui à une « approche globale » de nature à répondre aux besoins immédiats et de plus long terme de la région et à résoudre des problèmes « complexes et multidimensionnels ». La réunion d'aujourd'hui était un des temps forts du programme de travail mensuel du Conseil, présidé en décembre par le Maroc.

À cet égard, ses membres plaident en faveur d'un renforcement de la coopération transrégionale, interrégionale et internationale « sur la base d'une responsabilité commune et partagée ». Il faut généraliser d'urgence, réaffirment-t-ils, la coopération et la coordination entre les États du Sahel et ceux du Maghreb […], afin de lutter contre les activités d'AQMI et toutes les formes de criminalité transnationale organisée.

Présent ce matin au Conseil, le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, avait rappelé que la situation au Mali s'inscrit dans le contexte plus large d'une crise systémique et prolongée dans toute la région du Sahel et que la réponse à y apporter, pour être efficace, devait relever les défis qui se posent à l'échelle régionale.

« Tous les indicateurs sont dans le rouge au Sahel », a affirmé M. Ban, qui a rappelé que 18,7 millions de malnutris avaient un besoin cruel d'assistance humanitaire. Les Nations Unies, a précisé le Secrétaire général, ont réussi jusqu'à présent à mobiliser un milliard de dollars pour aider les pays de la région à répondre aux besoins immédiats de leurs populations.

L'appel lancé aujourd'hui par le Conseil de sécurité reprend celui de sa résolution 2056, adoptée le 5 juillet, et qui prônait déjà l'élaboration d'une stratégie intégrée au Mali, tâche qui incombe à son Envoyé spécial.

Celui-ci a expliqué qu'une telle stratégie ne pourrait être menée à bien « tant que l'unité de Mali n'aura pas été restaurée », ce qui suppose « l'organisation d'élections libres et transparentes « dès que possible ». Comme le recommande le Conseil de sécurité, Romano Prodi estime que cette stratégie doit s'axer sur la paix et la sécurité, la stabilité politique, l'aide humanitaire et le développement à long terme.

« Il convient d'identifier et de soutenir un seul et unique centre décisionnaire au Mali. Il s'agit d'un point fondamental, même s'il n'est pas facile à atteindre », a-t-il reconnu. « Un leadership fort est nécessaire pour négocier avec le Nord », a renchéri M. Prodi, qui encourage à identifier des interlocuteurs nordistes acceptables dans le cadre d'un dialogue politique.

Autre élément « indispensable » selon lui : un programme de « décentralisation » qui ne porterait pas atteinte à l'unité et à l'intégrité territoriales du pays, mais serait en mesure de répondre aux préoccupations des populations du nord, qui s'estiment depuis longtemps négligées par Bamako.

Durant les premières semaines de son mandat, l'Envoyé spécial a eu des contacts élargis avec les dirigeants des pays et des institutions concernés, convoquant une réunion à Rome afin de permettre aux parties prenantes d'échanger leurs points de vue, tout en approfondissant les moyens par lesquels émissaires spéciaux et médiateurs pouvaient coordonner au mieux leur action: « La coordination et l'intégration ont été perçues non pas comme une éventualité, mais comme une nécessité », s'est-il félicité aujourd'hui.

L'ancien Président du Conseil des ministres d'Italie a aussi indiqué qu'il se rendrait la semaine prochaine dans la région pour la troisième fois, en compagnie du Représentant spécial du Secrétaire général pour l'Afrique de l'Ouest, Saïd Djinnit. « Il est clair que nos interlocuteurs ne peuvent être seulement des responsables politiques et c'est pourquoi nous engagerons le dialogue avec toutes les composantes du spectre social : intellectuels, dignitaires religieux, femmes, entrepreneurs et représentants de tribus. »

Annonçant la tenue prochaine d'un sommet de tous les pays et institutions disposés à soutenir une action humanitaire d'urgence, il a préconisé la création d'un « fonds spécial pour le Sahel ».

Alors que les Nations Unies estiment toujours qu'une intervention militaire pour libérer le nord du Mali constitue une « option de dernier recours », Romano Prodi a jugé qu'une telle opération, « pour être crédible », devrait être préparée avec les instruments nécessaires et en prenant tout le temps nécessaire a rappelé l'Envoyé spécial.

« Compte tenu des conséquences néfastes de toute action militaire, il faut redoubler d'efforts pour que les objectifs fixés soient atteints de manière pacifique ». Aussi les élections maliennes, a-t-il insisté, doivent se tenir le plus vite possible, ce qui implique de lancer « dès à présent » la préparation technique nécessaire.


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