Dans l'ouest du Myanmar, le HCR se mobilise auprès des populations touchées par les violences intercommunautaires

Un camp de personnes déplacées près de Sittwe, dans l’état de Rakhine, au Myanmar. Photo: Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR)

6 décembre 2012 – Depuis des générations, ils vivaient côte à côte, ils étaient amis ou voisins malgré leurs différences ethniques et religieuses.

« Nous mangions dans la même assiette, buvions l'eau du même étang et nous nous rendions visite dans nos maisons respectives », explique Noor Mohammed, âgé de 60 ans, qui vivait encore récemment dans le village de Zay Kone Tan dans l'état de Rakhine, situé dans l'ouest du Myanmar. Son village était le seul musulman dans une communauté de 23 villages.

Vers le nord, à Maungdaw, Pwint Khine, âgée de 38 ans, enseignait aux enfants musulmans dans un jardin d'enfants près de son village. « Je les ai toujours traités chaleureusement, comme des frères et des sœurs, comme mes propres enfants », se souvient-elle.

Puis tout a changé en juin, lorsque des violences intercommunautaires ont éclaté à Maungdaw et se sont propagées jusqu'au chef-lieu de l'état, Sittwe. Plus de 100 personnes, dont le mari de Pwint Khine, ont été tuées et des milliers de maisons ont été réduites en cendres. Environ 75.000 personnes restent encore déplacées depuis la première vague d'hostilités.

Fin octobre, ces violences ont connu une recrudescence dans huit communes, déracinant plus de 37.000 autres civils et portant le total des déplacés dans l'état de Rakhine à environ 115.000.

La communauté internationale humanitaire apporte un appui au gouvernement du Myanmar pour l'aider à répondre à cette situation d'urgence. Dans le cadre du programme interagences, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) est le chef de file pour tout ce qui relève de la protection des réfugiés et des déplacés, des abris et d'articles non alimentaires, ainsi que pour la coordination et la gestion des camps à Rakhine.

Conjointement avec les autorités locales, le HCR a construit des abris temporaires pour plus de 11.000 personnes déplacées issues des deux communautés près de Sittwe, ainsi que 222 logements permanents pour les rapatriés. À Rakhine, le Haut Commissariat a livré près de 5.000 tentes et distribué des bâches en plastique, des couvertures, des ustensiles de cuisine et des articles d'hygiène à des dizaines de milliers de personnes vivant dans des camps de fortune.

Noor Mohammed est l'un de ces bénéficiaires. Son épouse, ses sept enfants et ses 12 petits-enfants font désormais partie des 235 personnes qui séjournent dans un amas de huttes de paille et de bâches en plastique du HCR dans le camp de Koe Tan Kauk. Des membres du personnel du HCR s'y rendent régulièrement pour évaluer leurs besoins et écouter leurs préoccupations.

« Ce groupe ne dispose actuellement ni de latrines et ni de sources d'eau potable à proximité immédiate. Ils doivent marcher pendant une heure vers un ruisseau qui est en train de s'assécher », a relevé Nadir Minbashiyev, responsable par intérim du bureau du HCR à Maungdaw.

« Dans le nord de l'État de Rakhine, la plupart des personnes déplacées ont originaires de cette région et le HCR a aidé certains d'entre eux à reconstruire leurs maisons. Parallèlement, nous préconisons aux autorités de reconnaître et d'aider les musulmans déplacés dans la région, la plupart d'entre eux vivant au sein de familles d'accueil. »

À l'inverse, la grande majorité des personnes déplacées dans la région de Sittwe sont des musulmans et le HCR veille à ce que les deux communautés reçoivent une aide en fonction de leurs besoins.

Aujourd'hui, Pwint Rhin et sa fille vivent dans un camp administré par le HCR à Sittwe. « Je ne rentrerai pas à Maungdaw. J'ai perdu mon mari, il n'y a pas d'école pour mes enfants et les conditions de sécurité sont insuffisantes », dit-elle. « Je vais m'installer à Sittwe. J'ai déjà transféré mon certificat de résidence et suis en attente de pouvoir scolariser mes enfants ici. »

Noor Mohammed est moins certain de son avenir. « Si nous avons des terres, nous pourront cultiver. Si nous avons des fonds, nous pouvons faire du commerce », dit-il, en rappelant qu'il a tout perdu durant les troubles qui ont secoué la région. « Nous ne savons pas comment nous allons survivre. Nous sommes prêts à rentrer si le gouvernement nous reconnaît et nous offre une compensation pour ce que nous avons perdu. »

Tant le patriarche que la veuve disent qu'ils sont encore choqués de ce qui s'est passé en juin, compte tenu de l'entente de longue date entre les communautés. Alors qu'ils luttent aujourd'hui pour subvenir à leurs besoins et planifier leur avenir, ils savent que le plus grand défi reste à venir – vivre à nouveau côte à côte.


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