Mali: primauté du dialogue politique sur une option militaire «de dernier recours», plaide l'ONU

Le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, Jeffrey Feltman, au Conseil de sécurité, le 5 décembre 2012. Photo: ONU/Eskinder Debebe

5 décembre 2012 – Une opération militaire de dernier recours pourrait s'avérer nécessaire pour mettre fin aux éléments terroristes et criminels qui sévissent dans le nord du Mali, mais la priorité est de soutenir les autorités nationales dans le rétablissement de l'ordre constitutionnel et de parvenir à un règlement politique de la crise actuelle, a indiqué mercredi au Conseil de sécurité le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, Jeffrey Feltman.

Depuis le début de l'année, le Mali fait face à une série de problèmes sécuritaires, politiques et humanitaires. Des combats entre forces gouvernementales et rebelles touaregs ont éclaté dans le nord du pays au mois de janvier. Depuis, des islamistes radicaux ont pris le contrôle de la région, imposant une version extrême de la charia, ainsi que des restrictions, qui visent les femmes en particulier.

Selon M. Feltman, la situation dans le nord du Mali a continué de ses détériorer au cours des deux derniers mois, avec la poursuite des violations flagrantes des droits de l'homme et de la destruction de sites culturels et historiques à Tombouctou. Plus de 412.000 personnes ont été contraintes de fuir la région et près de cinq millions au total ont été touchées par le conflit. Cette crise de plus en plus complexe exige une action intégrée, a plaidé le Secrétaire général adjoint devant le Conseil de sécurité.

« La première étape, c'est que la communauté internationale prête son soutien aux autorités maliennes pour promouvoir un dialogue national inclusif, indispensable pour élaborer une feuille de route pour le rétablissement de l'ordre constitutionnel et répondre aux doléances des groupes du nord », a-t-il expliqué. M. Feltman a toutefois déploré que le Dialogue national, qui doit servir de cadre de définition et de mise en œuvre des priorités nationales, ait été reporté à la deuxième semaine de décembre.

En outre, a-t-il ajouté, les négociations avec les groupes armés du nord du pays qui ont rompu tout lien avec des organisations terroristes devraient se poursuivre.

« Enfin, une intervention militaire mûrement réfléchie et bien exécutée dans le nord ne devrait être lancée qu'en derniers recours contre des éléments terroristes et criminels et les activités de stabilisation dans les zones reconquises faire l'objet d'une planification. » Une telle intervention doit constituer un aiguillon pour le processus politique, qui doit rester la priorité au Mali, a insisté le Secrétaire général adjoint.

Les experts des Nations Unies, a-t-il précisé, œuvrent étroitement avec les autorités maliennes, la CEDEAO et l'Union africaine au développement du cadre opérationnel stratégique de la force proposée, la Mission internationale de soutien au Mali, sous conduite africaine (MISMA). « Si le Conseil décidait d'autoriser son déploiement au titre du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, toutes les opérations conduites devraient être bien planifiées, coordonnées et mises en œuvre », a rappelé M. Feltman.

« La MISMA et les forces maliennes devront être dotées des capacités suffisantes pour mener les opérations contre les groupes terroristes et affiliés dans le nord du Mali », a-t-il averti, en soulignant le concours logistique et financier important que devront fournir les partenaires internationaux à cet égard. Le Secrétaire général adjoint a indiqué que les Nations Unies ne disposaient que d'une capacité limitée pour fournir un appui logistique à court terme à une force de combat. De telles opérations ne devraient être financées que par l'entremise de contributions volontaires des États Membres, a-t-il insisté.

Une fois que les objectifs auront été atteints, le Conseil pourrait décider que l'ONU fournisse un appui logistique aux opérations de stabilisation de la Force, a estimé le Secrétaire général adjoint. Le déploiement d'une opération de maintien de la paix sous les auspices des Nations Unies pourrait être envisagé, lorsque les opérations de combat seront terminées, a-t-il fait remarquer.

M. Feltman a ensuite mentionné les réserves exprimées par la CEDEAO et l'Union africaine vis-à-vis de l'approche des Nations Unies concernant l'autorisation de la MISMA, ainsi que leurs appels pour une action urgente. « Si le Secrétaire général partage le sentiment d'urgence à propos de la crise tragique au Mali, il pense également que la réponse internationale doit être multidimensionnelle et bien préparée », a-t-il expliqué.


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