En dépit d'obstacles, le Yémen sur la voie d'une transition démocratique pacifique, estime l'ONU

Embouteillage dans la capitale du Yémen, Sanaa. Photo: IRIN/David Swanson

5 décembre 2012 – Un an après la signature, le 23 novembre 2011, de l'Accord de paix et de transition, le Conseiller spécial du Secrétaire général sur le Yémen, Jamal Benomar, a brossé mardi devant le Conseil de sécurité un tableau plutôt encourageant de la situation politique dans ce pays tout en soulignant qu'il était loin d'être stabilisé.

M. Benomar a rappelé qu'avant cet Accord, le pays était au bord de l'effondrement. « J'ai vu la capitale, Sanaa, divisée, pilonnée par l'artillerie, rendant la vie insupportable pour la population », a-t-il témoigné, en faisant remarquer qu'il se trouvait parmi les manifestants appelant au changement.

Le pays était alors sur le point de sombrer dans la guerre civile, a-t-il rappelé, tandis qu'Al-Qaïda profitait de ce chaos pour étendre son influence. Cela n'a pas empêché les représentants de la population yéménite de s'engager en faveur de réformes fondamentales dans la gouvernance et la rectification des erreurs du passé, qui ont été inscrites dans l'Accord de paix.

Aujourd'hui, sous l'autorité du gouvernement de transition, on constate un retour à la normale, a assuré M. Benomar, tout en estimant que le chemin demeurait semé d'embûches. La restructuration de l'appareil d'état demeure en effet un défi et les forces armées sont divisées en deux camps : d'une part la puissante Garde républicaine dirigée par le fils du Président Hadi et, de l'autre, la première Division de l'armée, avec à sa tête le général Ali Mohsen. Ce dernier a rompu avec le régime au cours du soulèvement de l'an dernier.

En outre, la corruption mine toute l'institution. Le nouveau Chef de l'État a entrepris de réunifier l'appareil sécuritaire autour d'un seul commandement, ce qui exige une réforme institutionnelle de l'ensemble du système, a expliqué M. Benomar.

Par ailleurs, l'autorité de l'État ne s'exerce pas sur l'ensemble du territoire du Yémen. Dans le nord du pays par exemple, des affrontements sanglants opposent Houthis, salafistes et groupes tribaux affiliés au parti Islah. Le terrorisme demeure en outre une menace dans le pays, a prévenu le Conseiller spécial.

Quant à l'état de grâce dont bénéficiait le nouveau pouvoir, il appartient désormais au passé, la population exigeant des résultats. Le gouvernement d'unité nationale est divisé en deux camps opposés. Dans le Sud, la population s'estime marginalisée et victime de discriminations depuis l'unification des deux Yémen. Enfin, la situation humanitaire demeure précaire, près de la moitié de la population étant menacée de disette et privée d'accès à l'eau et un quart de soins de santé. Le pays accueille par ailleurs 230.000 réfugiés tandis que près d'un demi-million de personnes sont déplacées à l'intérieur même des frontières. L'économie montre toutefois des signes de reprise, l'inflation étant en baisse et le déclin semblant ralenti, a relevé M. Benomar.

Le Conseiller spécial a souligné que le prochain dialogue national offrirait une possibilité de répondre aux aspirations de la majorité. Toutefois, ces derniers jours, le Comité préparatoire à ce dialogue s'est heurté à la question de la représentation et de la répartition des sièges à la conférence. Par ailleurs, la toute nouvelle commission électorale va devoir relever le défi d'élaborer les listes électorales, le chemin vers des élections pluralistes paraissant long et difficile. Jamal Benomar a constaté que la transition était menacée par ceux qui n'ont toujours pas compris que le changement devait avoir lieu maintenant et sans retard. Ces derniers jours, l'électricité a été coupée, tandis que les attentats contre les oléoducs sont monnaie courante, ce qui coûte très cher au pays en matière de rentrées de devises.

Les Yéménites attendent maintenant du Conseil de sécurité qu'il s'intéresse de près à ces fauteurs de trouble et qu'ils soient traduits en justice, a expliqué le Conseiller spécial. M. Benomar, qui a tenu à souligner le caractère unique de la transition yéménite dans la région, a exprimé sa volonté d'œuvrer de concert avec le Conseil de sécurité, le Conseil de coopération du Golfe (CCG), l'Union européenne, ainsi qu'avec la communauté diplomatique à Sanaa, à son déroulement sans heurts.


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