Face à la détérioration de la situation humanitaire dans l'est de la RDC, l'ONU se prépare à renforcer son aide

Des résidents de Bunia, en RDC, manifestent contre la prise de Goma par les rebelles du M23. Photo: MONUSCO/Sylvain Liechti

23 novembre 2012 – Les agences humanitaires des Nations Unies ont annoncé vendredi qu'au moins 140.000 personnes ont été déplacées autour de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, située dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), depuis que cette ville est tombée mercredi aux mains des rebelles du Mouvement du 23 mars (M23).

Lors d'un point de presse donné aujourd'hui à Genève, elles ont exprimé leur vive préoccupation devant cette situation, que la fermeture de l'aéroport de Goma – la principale porte d'entrée de l'aide humanitaire dans la région –, vient compliquer davantage.

Selon la porte-parole du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), Marixie Mercado, les enfants sont particulièrement vulnérables et un grand nombre de ceux qui ont été séparés de leurs familles courent le risque d'être enrôlés de force par le M23. En outre, l'accès limité à l'eau potable augmente les risques d'épidémies, comme le choléra.

« L'approvisionnement en eau courante vient d'être rétabli à Goma, après une coupure qui a duré plus d'une semaine. Un grand nombre d'enfants se sont tournés vers l'eau du lac Kivu, ce qui accentue les risques de maladies », a expliqué Mme Mercado.

« Nous savons qu'au moins 115 enfants ont été séparés de leurs familles, mais le chiffre réel pourrait être beaucoup plus élevé. Nous déployons une présence dans les zones où se regroupent les personnes déplacées afin de les identifier et de les confier à des familles d'accueil en attendant que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) retrouve trace de leur famille. Le M23 aurait recruté en masse ces derniers jours et la présence d'autres groupes armés augmente le risque d'enrôlement d'enfants », a-t-elle prévenu.

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a de son côté indiqué que la majorité des 31 camps de déplacés dans le Nord-Kivu sont pour l'instant inaccessibles à cause des combats entre le M23 et les Forces armées de la RDC (FARDC), qui forcent des milliers de personnes à fuir, dernièrement autour de la ville de Saké, à 20 kilomètres à l'ouest de Goma. Selon, le HCR, les violences contre des civils auraient été nombreuses.

« À Goma, nos partenaires ont signalé plus de 60 attaques contre des civils. Huit personnes auraient été tuées et un grand nombre de logements et de commerces pillés », a expliqué porte-parole du HCR, Adrian Edwards.

Selon la Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, Leila Zerrougui, 16 enfants ont été blessés par des tirs lors de combats. Plus de 500 mineurs non-accompagnés qui recevaient une assistance à Goma avant la chute de cette ville ont été déplacés ou se sont réfugiés au Rwanda.

Malgré les difficultés d'accès, le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) a pu déterminer que de nombreuses violations des droits de l'homme ont été commises par le M23 : exécutions sommaires, mauvais traitements, pillages, incendies, séquestrations de civils, y compris des femmes et des enfants. Les FARDC se seraient elles aussi livrées à des exactions contre des civils.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a de son côté réaffirmé son engagement à fournir une assistance à la population de l'est de la RDC en dépit de l'insécurité. L'agence prévoit notamment de reprendre au plus vite la distribution d'aide alimentaire dans les zones accessibles du Nord-Kivu.

« Le PAM a lancé une estimation des besoins alimentaires dans et autour de Goma. Une évaluation rapide de la sécurité alimentaire sera effectuée aujourd'hui dans les camps de déplacés de Mugunga I, Mugunga III et dans la zone Lac vert », a annoncé la porte-parole du PAM, Elisabeth Byrs.

« Avant la flambée récente du conflit, le PAM prévoyait de prêter assistance à près d'un million de personnes déplacées et à leurs familles d'accueil, dans l'est de la RDC, rien que pour le mois de novembre. Il n'est pas encore possible de savoir comment ont évolué les besoins, mais nous préparons dores et déjà à renforcer notre soutien si nécessaire », a-t-elle ajouté.


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