L'ONU, partisane d'une approche multidimensionnelle contre le phénomène de la piraterie

Un membre de l’équipage s’apprête à monter à bord d’un cargo restitué après son détournement par des pirates le 24 juillet 2011 au Bénin. Photo: IRIN/Daniel Hayduk

19 novembre 2012 – Le Secrétaire général de l'ONU a affirmé lundi qu'en dépit d'une baisse significative du nombre des actes de piraterie, notamment aux larges des côtes somaliennes, la tendance pourrait facilement s'inverser si les causes profondes de ce phénomène – instabilité, non-droit et manque de gouvernance –, ne sont pas éliminées. Et pour cela, une approche multidimensionnelle est indispensable, a-t-il plaidé.

Ces propos ont été tenus au nom de Ban Ki-moon par le Vice-Secrétaire général des Nations Unies, Jan Eliasson, lors d'un débat du Conseil de sécurité qui a réuni près d'une cinquantaine d'orateurs.

M. Eliasson a invité les États Membres et les organisations internationales et régionales à définir une réponse commune dans le cadre de la lutte contre la piraterie. Elle pourrait suivre les lignes de force suivantes, selon le Secrétaire général : l'amélioration de la coordination et de l'échange d'informations entre les pays et les institutions concernées ; la poursuite en justice des suspects arrêtés en mer dans le cadre d'une procédure régulière conforme au droit international ; et l'établissement d'un cadre juridique s'appliquant à l'emploi de personnels de sécurité privée à bord des navires.

Dans le rapport dont le Conseil était saisi aujourd'hui, M. Ban préconise aussi des actions au niveau national, comme par celle qui verrait le nouveau gouvernement somalien « mettre au point, en étroite collaboration avec les administrations régionales et les États voisins, une stratégie nationale globale de lutte contre la piraterie ».

Une zone économique exclusive devrait être également proclamée au large des côtes somaliennes, a-t-il avancé, avant de plaider pour le renforcement de la capacité des États dans la poursuite des individus suspectés, avec des volets de prévention et suppression du financement de la piraterie.

Lors de la réunion d'aujourd'hui au Conseil, le Vice-Secrétaire général a vigoureusement plaidé pour le renforcement de la sécurité maritime, en rappelant que 20% seulement des navires qui croisent au large de mers à haut risque adoptent les mesures nécessaires. Même si les actes de piraterie ont diminué au cours des 10 premiers mois de cette année, 291 attaques ont été perpétrées contre des navires et 293 marins sont toujours retenus en otage par des pirates.

M. Eliasson a ensuite indiqué que, si les attaques de pirates dans le golfe de Guinée étaient différentes de celles menées au large des côtes somaliennes, la réponse à y apporter pouvait s'inspirer de ce qui a été fait en Somalie. C'est pourquoi, la lutte contre la piraterie exige partout où elle doit être menée une approche multidimensionnelle, a-t-il insisté.

La semaine dernière, le Directeur exécutif de l'Office des Nations Unies pour la drogue et le crime (ONUDC), Yuri Fedotov, a entamé une tournée de dix jours dans le golfe d'Aden et l'Océan indien, où il n'a eu de cesse d'alerter ses interlocuteurs de l'impact de la piraterie sur les économies locales.

Le coût global de la piraterie pour les États et les sociétés reste élevé. Elle aurait coûté près de sept milliards de dollars en 2011, en raison notamment de l'augmentation des primes d'assurance, du fait que les navires empruntent des itinéraires plus longs et à plus grande vitesse afin de décourager les pirates, du recrutement de personnel de sécurité armé, du versement de rançons et de coûts de main d'œuvre accrus. Ce surcoût a été pour 80% à la charge de l'industrie du transport et, pour les 20% restants, à la charge des États.

« La piraterie a un impact négatif colossal sur les économies locales et les moyens de subsistance locaux », a déclaré M. Fedotov. « Aux Seychelles, elle a empêché des bateaux de pêche d'aller en mer ; entre le Kenya et l'Ouganda, elle a contribué à la hausse des coûts logistiques ; et en Somalie, elle détourne une main d'œuvre dont le pays aurait grand besoin: pas moins de 1.200 jeunes Somaliens sont actuellement détenus dans le monde pour s'être livrés à des actes de piraterie. »

Cette mission en Afrique de l'Est s'inscrit dans le cadre de programmes d'action financés par l'ONUDC à hauteur de 55 millions de dollars dans cinq pays différents, avec pour objectif de poursuivre en justice les individus suspects de piraterie, conformément aux normes internationales en vigueur.


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