L'ONU s'alarme de l'impact des combats sur les civils dans l'est de la RDC

Dans le camp de personnes déplacées de Kanyaruchinya, à Goma, des femmes portent de larges sacs de riz distribués par l'UNICEF. Photo: ONU/Sylvain Liechti

19 novembre 2012 – Après le Conseil de sécurité samedi, le Secrétaire général de l'ONU a fermement condamné dimanche la reprise des hostilités par le M23 dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), appelant ce groupe rebelle armé « à cesser immédiatement ses attaques et sa progression militaire vers la ville de Goma », chef-lieu de la province du Nord-Kivu, alors que la situation humanitaire ne cesse d'empirer.

« Le Secrétaire général appelle tous les États concernés à exercer leur influence sur le M23 pour obtenir un arrêt immédiat des attaques », indique la déclaration communiquée par le porte-parole de Ban Ki-moon.

Formé en mars dernier par d'anciens soldats des forces régulières congolaises qui se sont mutinés, le Mouvement du 23 mars (M23) est actuellement dirigé par le colonel Sulutani Makenga. Il s'était dans un premier temps regroupé autour de Bosco Ntaganda, un général sous le coup d'un mandat d'arrêt international émis par la Cour pénale internationale (CPI), qui l'accuse de crimes de guerre commis en 2002-2003.

Dans la nuit de vendredi à samedi, les renégats du M23 ont lancé une série d'attaques à l'arme lourde contre les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) dans les localités de Kibumba et Mboga et les collines de Ruhondo. Ils sont désormais aux portes de Goma, en dépit des efforts déployés par la Mission de stabilisation des Nations Unies en RDC (MONUSCO) pour les contenir. À la mi-journée, des combats sévissaient près de l'aéroport.

Rappelant l'engagement personnel de M. Ban à soutenir les efforts en vue de résoudre la crise, le porte-parole a souligné que sa priorité était au renforcement du dialogue entre les parties prenantes. À cette fin, le Secrétaire général s'est entretenu samedi avec le Président du Rwanda, Paul Kagamé, et le Ministre congolais des affaires étrangères, Raymond Tshibanda, avec lesquels il a discuté des moyens de trouver une solution durable à la crise actuelle.

La MONUSCO maintiendra quant à elle sa présence à Goma et poursuivra ses efforts en utilisant au maximum ses capacités en matière de protection des civils. « Aucune action visant à saper ou à cibler la MONUSCO ne saurait être tolérée », précise la déclaration.

« Profondément préoccupé par les répercussions humanitaires dévastatrices des combats, qui ont conduit au déplacement d'au moins 60.000 personnes, dont beaucoup sont en train de fuir en direction de Goma, le Secrétaire général condamne vigoureusement les violations graves, par le M23, du droit international humanitaire et des droits de l'homme, et exhorte toutes les parties à permettre un accès humanitaire sûr et sans entraves aux personnes qui ont besoin d'une assistance. »

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) affirme en effet que cette nouvelle escalade pèse lourdement sur une situation humanitaire déjà extrêmement préoccupante dans les Kivu. Plus de 2,4 millions de personnes sont aujourd'hui déplacées dans l'est de la RDC, soit 651.000 personnes de plus qu'avant le début des exactions du M23. L'insécurité alimentaire y menace près de 4,5 millions de personnes, dont un million d'enfants âgés de moins de cinq ans, et pas moins de 27.000 cas de choléra ont été signalés jusqu'à présent cette année.

Dans ce contexte, les agences humanitaires ont identifié à Goma trois nouveaux sites pour accueillir la moitié des 60.000 personnes déplacées de plus par la recrudescence des combats entre les FARDC et le M23. Les priorités sont à la protection des civils, à l'accès à l'eau potable, l'assainissement et l'hygiène, ainsi qu'aux soins de santé et l'aide alimentaire. La communauté humanitaire est actuellement en mesure de répondre aux besoins, mais elle pourrait être rapidement dépassée si la situation venait à se détériorer davantage à Goma et aux alentours.

Plus préoccupant, l'impact du conflit s'étend bien au-delà de la ville. En effet, d'autres groupes armés ont tiré parti du vide sécuritaire laissé, dans d'autres secteurs du Nord-Kivu et du Sud Kivu, par le redéploiement des forces armées congolaises contre le M23 pour y perpétrer des violences à l'encontre des civils et exacerber les tensions interethniques, déjà à vif. C'est notamment le cas dans les territoires Masisi et Walikale, où des déplacements de population ont été récemment signalés.

L'accès humanitaire est donc devenu désormais une préoccupation majeure dans toutes les zones de conflit. La réinstallation, pour raisons sécuritaires, des personnels des ONG présents à Pinga, en territoire Walikale, ainsi qu'à Kiwanja, en territoire Rutshuru, au Nord-Kivu, y signifient la fin des opérations humanitaires, alors que des milliers de personnes y dépendent d'une assistance humanitaire indispensable.


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