Un expert indépendant dresse un tableau plutôt encourageant de la situation des droits de l'homme en Somalie

Le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme en Somalie, Shamsul Bari. Photo ONU/Jean Marc Ferré

26 septembre 2012 – L'expert indépendant de l'ONU sur la situation des droits de l'homme en Somalie, Shamsul Bari, s'est dit mercredi satisfait de pouvoir enfin brosser un tableau de la situation dans ce pays « moins décourageant et plus porteur d'espoir ». Il a fait ce constat devant le Conseil des droits de l'homme à Genève, auquel il présentait son rapport annuel.

« L'histoire montre que les calamités humaines sont toujours suivies de périodes d'espoir et de renaissance », a déclaré M. Bari en faisant référence à l'avenir de la Somalie nouvelle.

L'adoption d'une Constitution provisoire, la sélection de nouveaux députés, l'élection d'un Président du Parlement et d'un nouveau chef de l'État et la formation d'un gouvernement: tous ces événements, « qui tenaient naguère du rêve », ont bien eu lieu.

La Constitution a été adoptée le 24 août et le nouveau Président élu le 10 septembre, de manière transparente et équitable, deux faits inimaginables il y a encore un an, étant donné la culture de violence qui a marqué la Somalie ces deux dernières décennies, s'est félicité l'expert.

Lors de sa visite à Mogadiscio au début du mois de septembre, M. Bari a ressenti un espoir palpable chez ses interlocuteurs, ainsi que parmi les réfugiés somaliens au Kenya. Il a trouvé particulièrement encourageant le rôle non négligeable joué par les femmes, qui ont obtenu le principe d'une représentation de 30% au sein du Parlement et des organes gouvernementaux. « Le défi désormais est de ne pas décevoir cet espoir », a ajouté M. Bari.

La priorité est le rétablissement de l'état de droit, a poursuivi l'expert. S'agissant du pouvoir législatif, M. Bari est revenu de son séjour avec l'impression que le Parlement était bien parti pour jouer le rôle historique qui devait être le sien. Il compte désormais 14% de femmes, ce qui ne représente qu'une moitié de l'objectif fixé initialement, mais trois fois plus que les 5% de l'ancienne Assemblée constituante. Un tiers des députés sont de nouveaux élus, dont un grand nombre se sont montrés capables de voter en dehors des alliances claniques; plus de la moitié ayant suivi des études supérieures.

M. Bari s'est en outre dit convaincu que le président du Parlement, Mohamed Sheikh Osman Jawaari, est particulièrement compétent pour s'acquitter de sa fonction. Il a pu s'entretenir avec lui sur de nombreuses questions relatives à la situation des droits de l'homme. En revanche, le système judiciaire est en ruines, même si les Nations Unies ont entrepris d'aider la Somalie à le remettre sur pieds. L'expert indépendant a donc appelé la communauté internationale à apporter sa pierre à cet édifice. En ce qui concerne, enfin, le pouvoir exécutif, alors que le chef de l'État n'assume pas encore tous les pouvoirs qui doivent lui être conférés, l'essentiel reste à faire pour rétablir la confiance de la population après des années d'anarchie.

Dans ses entretiens avec le président du Parlement et avec des députés, M. Bari a plaidé en faveur de l'établissement d'une feuille de route relative aux droits de l'homme pour la période de l'après-transition, afin d'offrir à la population une perspective claire de l'amélioration de la situation dans le pays, y compris avec un calendrier de mise en œuvre du rétablissement des trois branches de l'État. Les titulaires de mandat du Conseil des droits de l'homme devraient apporter leur contribution à cet égard, la compétence de la majorité d'entre eux étant d'un grand intérêt pour la Somalie à ce moment de son histoire.

En conclusion, l'expert indépendant a estimé que la communauté internationale avait une occasion sans précédent d'aider la Somalie à ouvrir un nouveau chapitre de son histoire. La diaspora a commencé à rentrer au pays pour participer à la reconstruction. « Certes, rien ne se fera en un jour », a-t-il ajouté. Les Somaliens devront selon lui s'approprier leurs nouvelles institutions et aussi apprendre à moins se reposer sur l'aide extérieure, dans laquelle ils n'étaient d'ailleurs guère impliqués.

M. Bari a enfin rappelé qu'une grande partie du sud du pays demeurait sous le contrôle de la rébellion, alors même que l'armée tente de reprendre aux insurgés le port stratégique de Kismaayo. Il a exprimé sa préoccupation face aux exactions commises contre la population civile qui accompagnent ces combats. Quatre journalistes ont perdu la vie ces derniers jours, ce qui porte à treize le nombre de reporters tués cette année. L'une des tâches des nouvelles autorités sera, aussi, d'en finir avec l'impunité, a ajouté M. Bari.


News Tracker: autres dépêches sur la question

Le Conseil de sécurité exige la fin des graves violations des droits de l'enfant dans les conflits armés

En savoir plus





Coup de projecteur