Michel Sidibé : « Je crois que nous sommes au début de la fin de la pandémie de VIH/sida »

Le Directeur exécutif de l’ONUSIDA, Michel Sidibé, prononce un discours lors de la Conférence internationale sur le sida à Washington, le 22 juillet 2012. ONU Photo/Chris Kleponis.

23 juillet 2012 – Pour la première fois depuis 22 ans, la Conférence internationale sur le sida se tient aux États-Unis, après la levée, en 2009, de l’interdiction de voyager imposée aux personnes atteintes du VIH/sida. Venu à Washington pour l’occasion, le Directeur exécutif du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA), Michel Sidibé, y voit un signe encourageant à un moment crucial de la lutte contre la pandémie. Un signe qui confirme selon lui qu’une nouvelle forme de solidarité est à l’œuvre, où l’appropriation nationale par les pays les plus touchés joue un rôle de premier plan, comme il l’explique dans un entretien accordé au Centre d’actualités de l’ONU.

Quelle est l’ambition de cette 19ème édition de la Conférence internationale sur le sida ?

Je crois que nous sommes entrés dans une nouvelle ère. Pendant très longtemps, nous nous sommes contentés de gérer une situation d’urgence, mais la conférence qui débute dimanche inaugure ce que j’appellerai le début de la fin de l’épidémie. Nous avons la science, nous avons la preuve que des résultats peuvent être obtenus par les pays concernés eux-mêmes et c’est pour moi le principal objectif de cette rencontre.

Quelle signification revêt le fait que cette conférence se tient pour la première fois aux États-Unis en plus de 20 ans ?

C’est pour moi la victoire du droit, du droit humain, parce que les États-Unis ne reconnaissaient pas pendant longtemps aux malades du VIH/sida le droit de se rendre dans ce pays. La levée de cette interdiction par l’administration Obama est un signe fort qui démontre très clairement qu’il est possible de travailler ensemble lorsque les droits humains sont respectés.

Quelles sont les principales conclusions du nouveau rapport sur le VIH/sida, que l’ONUSIDA fait paraître aujourd’hui ?

Le rapport met en évidence l’émergence d’un nouveau paradigme de développement, construit autour de la responsabilité partagée et d’un effort constant d’appropriation. Ainsi, entre 2006 et 2011, 81 pays ont augmenté de plus de 50% leurs investissements consacrés à la lutte contre le VIH/sida, dont 33 pays africains, qui les ont augmentés de 55%. Au cours de la même période, les pays d’Afrique subsaharienne ont accru de 97% leurs dépenses publiques et ce chiffre ne tient même pas compte de l’Afrique du Sud qui, à elle seule, a investi deux milliards de dollars dans la lutte contre le VIH/sida, alors qu’il y a encore quelques années, il n’était pas possible de rallier ce pays à ce combat.

Plus d’un an après son lancement, où en est la mise en œuvre du Plan mondial pour éliminer les nouvelles infections à VIH chez les enfants à l’horizon 2015 et maintenir leurs mères en vie: 2011-2015 ?

L’élimination de la transmission de la mère à l’enfant est un objectif que nous pouvons atteindre facilement. C’est pourquoi l’ONUSIDA a mobilisé les 22 pays qui concentrent 95% de ce type d’infection. Le rapport constate qu’en moins de deux ans, une réduction de 20% a été possible dans 15 pays les plus touchés. Au total, le nombre de nouvelles infections par la transmission de la mère à l’enfant a été réduit de plus de 100.000. Avec une solidarité agissante, il est possible d’atteindre l’objectif que nous nous sommes fixés.

Depuis que vous avez pris vos fonctions à la tête du Programme commun en 2009, avez-vous constaté un recul de la discrimination et de la stigmatisation vis-à-vis des malades du VIH/sida ?

Le plus important, c’est que le débat est là. La semaine dernière, à New York, l’ONUSIDA et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) ont lancé un rapport conjoint, qui dénonce l’impact négatif des lois restrictives sur les droits humains et sur la réponse à la pandémie et démontre même que les législations de ce type augmentent les risques d’infection par le VIH. Aujourd’hui, un dialogue, autrefois impensable, est possible en ce qui concerne les personnes considérées comme étant à risque, à savoir les homosexuels, les travailleurs du sexe et les toxicomanes, souvent marginalisés et exclus. Même dans les pays où il était difficile d’en parler jusqu’à présent, une ouverture se fait sentir pour donner à ces individus un accès aux traitements, une décision indispensable pour parvenir à endiguer la pandémie. La discrimination reste cependant notre plus grand champ de bataille et c’est la raison pour laquelle j’ai cherché à interpeller l’opinion publique internationale avec l’idée de « zéro discrimination », parce que je crois que la discrimination, c’est notre décision. On peut toujours réformer des lois qui restreignent ou interdisent l’accès de certains individus à des services ou à des traitements, comme en témoigne l’exemple des États-Unis ou de la Chine, qui a également mis fin aux interdictions d’entrée sur le territoire pour les malades du VIH/sida.

Alors que la lutte contre la pandémie de VIH/sida enregistre des progrès encourageants depuis quelques années, où en sont les efforts de lutte contre la tuberculose ?

À la tête d’ONUSIDA, j’ai essayé de faire en sorte que le sida ne soit plus traité de manière isolée, mais au contraire de faire le lien entre cette maladie et la tuberculose, le lien entre le sida et la santé maternelle et la santé de l’enfant. Notre objectif, c’est de réduire de 50% la mortalité due à la tuberculose. Le problème auquel nous nous heurtons, c’est que le mouvement social très fort en faveur de la lutte contre le VIH/sida n’existe pas pour la tuberculose. C’est la raison pour laquelle nous tentons de jeter des passerelles pour sensibiliser et plaider en faveur de la réduction de la mortalité due à la coïnfection, qui représente un quart des décès des malades du sida.

Alors que la transmission du VIH/sida peut être réduite de 96%, peut-on considérer que l’on est arrivé au début de la fin de la pandémie ?

Les traitements antirétroviraux permettent actuellement de prolonger la durée de vie et de réduire la transmission de 96%. Mais nous devons continuer de mobiliser la communauté internationale pour trouver un vaccin ou un remède, qui fait toujours défaut à notre arsenal visant à progresser plus rapidement vers la fin de l’épidémie.

À cet égard, que penses l’ONUSIDA de l’antirétroviral Truvada, approuvé lundi par la FDA ?

Je pense que c’est un médicament extraordinaire, l’un des meilleurs sur le marché aujourd’hui. Truvada est un de ces outils qui va permettre de réduire la transmission et d’ouvrir la voie à des traitements plus adéquats et avec moins d’effets secondaires pour les patients. Son utilisation doit être sélective, ce médicament ne pouvant être mis à disposition de tous et à tout moment. Il faut continuer de promouvoir le recours aux préservatifs, qui restent un élément très important de la prévention primaire.


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