OIT: la zone euro pourrait perdre quatre millions et demi d'emplois de plus d'ici à 2016

Le Directeur général de l’OIT, Juan Somavia. Photo ONU/Evan Schneider

11 juillet 2012 – Dans la zone euro, le chômage pourrait toucher près de 22 millions de personnes au cours des quatre prochaines années, contre 17,4 millions actuellement en l'absence de changement de cap politique concerté, prévient l'Organisation mondiale du travail (OIT) dans un rapport rendu public mercredi.

« Ce n'est pas seulement la zone euro qui est en danger; le risque, c'est la contagion à l'ensemble de l'économie mondiale », souligne le Directeur général de l'OIT, Juan Somavia.

Intitulée « La crise de l'emploi dans la zone euro: tendances et réponses politiques », l'étude insiste sur le fait que sans changement de cap politique dans l'ensemble des pays de la zone euro, des difficultés seront inévitables, que ce soit pour les pays actuellement sous pression ou ceux dont l'économie est plus florissante.

« À moins de prendre des mesures ciblées pour améliorer les investissements dans l'économie réelle, la crise économique s'aggravera et la reprise en matière d'emplois ne sera pas au rendez-vous pas. Nous avons besoin d'un nouveau consensus mondial nous menant vers une croissance riche en emplois. Les Nations Unies, les institutions de Bretton Woods ainsi que le G20 ont la responsabilité d'être à la pointe en ce domaine», a poursuivi M. Somavia.

À court terme, les conséquences d'une récession prolongée du marché du travail seraient particulièrement graves pour les jeunes demandeurs d'emploi. Le chômage a augmenté dans plus de la moitié des 17 pays de la région depuis 2010, et plus de trois millions de jeunes gens âgés de 15 à 24 ans sont aujourd'hui sans emploi. Dans la zone euro, plus du tiers de la population en âge de travailler est soit au chômage, soit exclue du marché du travail, et le chômage de longue durée ne cesse de s'accroître.

Les pertes d'emplois ont été particulièrement sévères dans le sud de l'Europe, mais l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, le Luxembourg et Malte – les seuls pays où l'emploi s'est accru depuis 2008 – présentent les signes avant-coureurs d'un marché du travail en voie d'affaiblissement.

La destruction d'emplois aurait pu être pire encore puisqu'il semble bien que les entreprises aient conservé leurs effectifs dans l'espoir de voir la conjoncture économique s'améliorer. Si leurs attentes sont déçues, elles pourraient licencier massivement, met en garde le rapport.

En réalité, tout converge vers un risque de récession prolongée du marché du travail, menaçant la pérennité de la monnaie unique. Au même moment, cette situation alimente les troubles sociaux et érode la confiance dans les gouvernements nationaux et les institutions européennes.

Le rapport assure qu'en mettant l'emploi au centre d'une stratégie de croissance dans la zone euro, il sera est possible d'assister à une reprise dans le cadre de la monnaie unique.

Selon ses auteurs, l'austérité s'est traduite par un affaiblissement de la croissance économique et une détérioration des bilans des banques, qui engendrent un nouveau resserrement du crédit et, par conséquent, une diminution des investissements et de nouvelles pertes d'emplois.

Elargir les revenus fiscaux pourrait contribuer à financer des programmes en faveur de l'emploi là où c'est nécessaire, estiment les auteurs. Réparer le système financier doit être subordonné à la restauration du crédit pour les petites entreprises. Et faire payer les plans de sauvetage aux actionnaires serait non seulement une question de justice, mais permettrait aussi de limiter le recours aux contribuables ou à de nouvelles mesures d'austérité, ajoutent-ils.

D'un coût estimé à moins de 0,5% des dépenses des gouvernements dans la zone euro, une «garantie-jeunes» pourrait être rapidement mise en place. Pour la financer, certains défendent l'idée d'un recentrage des fonds structurels européens et la mobilisation de la Banque européenne d'investissement.

«Ce n'est pas facile de se mettre d'accord sur une stratégie concertée comme celle-là, compte tenu des diverses positions des pays. Cependant, si l'on ne procède pas rapidement à un changement de cap pour regagner la confiance et le soutien des entreprises et des travailleurs, nous aurons du mal à mener les réformes nécessaires pour remettre la zone euro sur la voie de la stabilité et de la croissance», conclut Raymond Torres, Directeur de l'Institut international d'études sociales de l'OIT et principal auteur du rapport.


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