Des experts de l'ONU appellent à une taxe financière mondiale

La Rapporteuse spéciale sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, Magdalena Sepulveda.

14 mai 2012 – Un groupe d'experts indépendants des Nations Unies a appelé lundi l'Union européenne (UE) à prendre la tête des efforts pour promouvoir l'adoption d'une taxe sur les transactions financières mondiales qui compenserait les coûts de la crise économique actuelle et protègerait les droits humains fondamentaux.

« Là où la crise financière mondiale a entraîné la perte de millions d'emplois, le transfert du poids de la dette privée vers les contribuables et des risques de régression en matière de droits de l'homme en raison des programmes d'austérité, une taxe sur les transactions financières (TTF) est un outil pragmatique pour fournir les moyens aux gouvernements de protéger et réaliser les droits de l'homme de leur peuple », a déclaré la Rapporteuse spéciale sur l'extrême pauvreté et les droits de l'homme, Magdalena Sepulveda.

Selon un communiqué de presse du Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH), on estime que cette taxe sur les transactions financières rapporterait entre 48 milliards et 250 milliards de dollars par an, permettant de compenser les coûts des crises économique, financière, énergétique, climatique et alimentaire qui perdurent.

L'appel de ces experts de l'ONU intervient à la veille d'un Sommet du G8 (pays les plus industrialisés), qui aura lieu à Camp David, aux Etats-Unis.

« Les pays de l'UE doivent maintenant faire preuve d'un leadership audacieux pour ouvrir la voie à ce qui devrait éventuellement être une TTF mondiale, » ont déclaré les experts de l'ONU, se félicitant des dernières propositions de l'UE pour mettre en œuvre la taxe sur les transactions financières dans la zone euro.

Un pays comme la République de Corée a mis en place une taxe similaire dans des conditions non discriminatoires. Selon les experts, la TTF permettrait également de stabiliser les marchés financiers en décourageant la spéculation et en atténuant le type de volatilité qui a conduit aux crises financière et alimentaire de 2008.

« Les prix alimentaires ont grimpé dangereusement à deux reprises au cours des cinq dernières années, et cela pourrait facilement se reproduire », a souligné le Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, Olivier De Schutter. « La TTF permettrait de réduire les flux de capitaux qui alimentent la spéculation, entraînent une instabilité des prix et causent des ravages au droit à l'alimentation dans le monde entier. »

« Une TTF mondiale n'est pas une panacée, mais elle aiderait à soulager la charge de la dette souveraine découlant de la crise financière, à transférer le fardeau des citoyens ordinaires au secteur privé qui a causé la crise, et à élargir de manière significative la marge de manœuvre fiscale des gouvernements pour procéder aux dépenses absolument nécessaires en matière économique et sociale », a déclaré le Rapporteur spécial sur la dette extérieure et les droits de l'homme, Cephas Lumina.

La TTF fournira aux gouvernements une occasion d'aller au-delà de la simple rhétorique en matière de développement durable, a estimé pour sa part la Rapporteuse spéciale sur les droits de l'homme et la solidarité internationale, Virginia Dandan.

« Quand le secteur financier ne parvient pas à payer sa part, le reste de la société est obligé de payer la note, » a souligné Mme Sepúlveda. « Il est grand temps que les gouvernements réexaminent le rôle de redistribution de la fiscalité afin de s'assurer que les individus les plus aisés et le secteur financier contribuent de manière juste au fardeau fiscal. »


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