Emirats arabes unis : un expert de l'ONU appelle à protéger les victimes de la traite

La Rapporteuse spéciale Joy Ngozi Ezeilo.

18 avril 2012 – La Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants, Joy Ngozi Ezeilo, a exhorté les autorités des Emirats arabes unis (EAU), au niveau fédéral et au niveau des émirats, à prêter davantage attention au sort des victimes de la traite, tout en continuant leur lutte contre le trafic d'êtres humains.

« Les Emirats arabes unis doivent être félicités pour leur engagement ferme à lutter contre la traite des personnes à la fois au niveau national et dans la région du Golfe », a déclaré Mme Ezeilo à la fin de sa première visite officielle dans le pays du 11 au 17 avril. « Toutefois, il faut consacrer davantage d'attention à l'identification des victimes innombrables de toutes les formes de la traite et garantir leur droit à un recours effectif. »

« J'ai rencontré des victimes de traite issues de toutes les régions, que ce soit d'Asie, d'Afrique, d'Europe ou d'Amérique latine », a souligné l'experte, en notant que les travailleurs étrangers représentent plus de 170 nationalités différentes aux Émirats arabes unis.

« J'ai aussi constaté que les formes les plus courantes de la traite aux Emirats arabes unis sont répandues dans le commerce du sexe et le travail domestique pour les femmes, et les enfants dans certains cas, tandis que pour les hommes, la traite concerne l'industrie de main d'œuvre », a-t-elle dit. Cela a conduit à la création d'un marché lucratif pour les activités criminelles sur le marché des travailleurs étrangers, ce qui augmente leur vulnérabilité à la traite.

Pour la Rapporteuse spéciale, l'une des tâches majeures à venir sera de réduire la vulnérabilité des personnes face à la traite grâce à des accords de migration sûrs et légaux, afin de garantir que la forte demande pour une main-d'œuvre étrangère pas chère, peu qualifiée ou semi-qualifiée ne soit pas exploitée par les trafiquants et les agents.

« J'exhorte le gouvernement à élargir la définition de la traite, à inclure explicitement l'exploitation de la main d'œuvre, la servitude domestique, ainsi que d'autres formes de la traite telles que les mariages forcés et serviles », a souligné Mme Ezeilo. « Malgré les efforts officiels pour sensibiliser les policiers sur la question de la traite des êtres humains, l'identification des victimes, en particulier les travailleurs domestiques victimes de la traite, reste encore inexistante et problématique. »

L'experte indépendante a également attiré l'attention sur le manque d'informations statistiques complètes sur le taux de prévalence, les formes, les tendances et les manifestations de la traite des êtres humains aux Émirats arabes unis.

Même si l'actuelle loi fédérale pénalise la traite des êtres humains, Mme Ezeilo a noté qu'elle ne comprend aucune disposition prévoyant la protection, l'assistance, la récupération, la réhabilitation ou le droit à indemnisation des victimes.

« Cette absence de droit à un recours effectif met indéniablement les victimes dans une situation de risque accru de tomber une fois de plus entre les mains de trafiquants », a-t-elle dit. « Une compensation appropriée pour les violations des droits de l'homme, à laquelle les victimes de la traite sont soumises, permet en effet de les aider à retrouver une vie normale. »

Au cours de sa mission de sept jours, la Rapporteuse spéciale s'est rendue à Abou Dhabi, Dubaï et Sharjah, où elle a rencontré de hauts responsables du gouvernement. Elle a également rencontré des victimes, y compris des travailleurs étrangers dans des camps de travail. Mme Ezeilo présentera un rapport complet avec ses conclusions et recommandations au Conseil des droits de l'homme de l'ONU en juin 2013.


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