Afrique de l’Ouest : l'ONU appelle à lutter davantage contre le crime organisé

Des pirates appréhendés dans le golfe de Guinée. Photo: Eunavfor

21 février 2012 – Une augmentation du crime organisé transnational, du trafic de drogue et de la piraterie menace la paix et la stabilité en Afrique de l'Ouest et au Sahel, a déclaré mardi le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, qui a appelé à un accroissement des efforts régionaux pour affronter ces fléaux.

Dans un exposé devant le Conseil de sécurité, le Secrétaire général a également évoqué le soulèvement qui a eu lieu en Libye et ses répercussions dans les régions avoisinantes, telles que les flux d'armes.

Le Secrétaire général a attiré l'attention du Conseil sur la crise alimentaire aggravée qui affecte l'Afrique de l'Ouest et le Sahel et sur les conflits qui touchent aujourd'hui des millions de personnes. « Il pourrait même y avoir des liens entre des groupes d'insurgés, des groupes criminels et des organisations terroristes », a-t-il dit, soulignant les craintes qui existent de voir dans cette région une crise de la même ampleur que celle qui a frappé la Corne de l'Afrique. « Ceci doit à tout prix être évité », a-t-il déclaré.

Le Secrétaire général a affirmé que les gouvernements de la région ouest-africaine et sahélienne auraient besoin du soutien des organisations régionales et, plus largement, de la communauté internationale en vue de consolider et d'appuyer les capacités requises dans les domaines du partage des informations, de la prévention, des enquêtes, de l'application de la loi et de la surveillance des frontières. Il convient aussi, a poursuivi M. Ban, de renforcer la capacité des opérations de maintien de la paix dans la région en intégrant des unités spécialisées dans les missions déployées par l'Organisation des Nations Unies afin de compléter les efforts des forces de police des États et des agences chargées de l'application de la loi.

Le Secrétaire général s'est dit particulièrement préoccupé par les activités terroristes, faisant notamment référence aux observations formulées par la mission d'évaluation qu'il avait dépêchée en décembre 2011 pour examiner les effets de la crise libyenne au Sahel. M. Ban a, de même, souligné l'incidence croissante de la piraterie dans le golfe de Guinée, rappelant qu'il avait envoyé sur place, en novembre 2011, une mission d'évaluation. Il a ainsi réitéré la recommandation faite par la mission d'évaluation en vue de la tenue le plus rapidement possible, en 2012, d'un sommet régional des chefs d'État du golfe de Guinée pour développer une stratégie régionale de lutte contre la piraterie.

Ban Ki-moon a appelé à une coopération plus étroite des États de la région avec les autres États Membres, ainsi qu'avec les organisations régionales et internationales en vue d'assurer une stabilité durable en Afrique de l'Ouest et dans la région du Sahel.

Pour sa part, le Directeur exécutif de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Youry Fedotov, a indiqué que le transit de drogues par l'Afrique de l'Ouest alimentait en cocaïne le marché européen dont la consommation a été multipliée par quatre au cours des dernières années pour atteindre un niveau pratiquement identique à celui des États-Unis.

Le trafic de cocaïne transitant par l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale génère environ 900 millions de dollars par an. Les cartels d'Amérique latine exploitent les vulnérabilités régionales de l'Afrique de l'Ouest. Pour ces criminels, l'Afrique de l'Ouest n'est pas seulement la voie la plus rapide, mais elle est également la plus rentable en ce qui concerne l'acheminement des drogues en Europe, selon M. Fedotov. Il a également signalé que la consommation locale augmentait rapidement et qu'il y avait actuellement 2,5 millions de consommateurs de cocaïne en Afrique de l'Ouest.

Dans une déclaration à la presse publiée par la Présidence du Conseil de sécurité à l'issue de la séance, le Conseil a attiré l'attention sur le fait que les « menaces internationales grandissantes, en particulier en Afrique de l'Ouest et dans la région du Sahel, contribuent à affaiblir la gouvernance, le développement social et économique et la stabilité, et compliquent la fourniture de l'assistance humanitaire, tout en menaçant de réduire à néant les avancées accomplies dans la région en matière de consolidation de la paix. »

Le Conseil de sécurité a rendu hommage aux « Etats et aux dirigeants de l'Afrique de l'Ouest et de la région du Sahel pour les initiatives et les mesures importantes qu'ils ont adoptées, à l'échelle nationale et régionale, en vue de contrer la menace que représente le crime organisé dans leur région ».

Il les a prié instamment de « soutenir le Plan d'action de l'Union africaine sur la lutte contre la drogue et la prévention du crime (2007-2012) et le Plan d'action régional de la CEDEAO visant à lutter contre les problèmes de plus en plus graves du trafic de drogues, de la criminalité organisée et de la toxicomanie en Afrique de l'Ouest (2008-2011) et de reconduire le Plan d'action de la CEDEAO au-delà de 2012. »


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